J4 – Les adresses solidaires d’Arusha

The Shanga House

En voilà des beaux projets. The Shanga House, c’est un projet individuel né en 2007 avec les idées de Saskia Rechsteiner et soutenu depuis 2017 par la chaîne de lodges de luxe Elewana Collection. Une entreprise qui crée des emplois pour les personnes handicapées dans le domaine de la joaillerie (Shanga signifie « perle » en swahili), du verre soufflé, des accessoires en matériaux recyclés.On y trouve une forge, un atelier de souffleur de verre, des métiers à tisser, des machines à coudre, et l’énergie qui se dégage de cet endroit est étonnante. J’ai craqué pour les coussins éléphants en chemises recyclées ! 

Alors bien sûr, plutôt que de s’arrêter comme tout le monde au très très touristique Cultural Heritage Center qui ne soutient rien du tout et enrichit un déjà riche étranger, demandez à votre chauffeur de vous arrêter à la Shanga House, c’est situé dans l’enceinte de l’hôtel Arusha Coffee Lodge, au milieu des plantations de café de la sortie de la ville. C’est sur la route en rentrant de safari!

On a pris le temps de discuter avec Paul, un encadrant qui guide les visiteurs et présente les employés. En vidéo, Petite mise en scène pour nous ^^

Le centre de rééducation de Usa River et le café Tanz Hand’s

Comment on est tombé là-dessus? Au bord de la route Moshi-Arusha, une enseigne indique « Café Tanz Hand’s » et « Bakery ». Bakery, c’est boulangerie, et je peux vous dire que ça ne court pas les rues dans le coin. Donc on s’est arrêté, et là, oh merveille des merveilles, des brioches, du bon pain comme chez nous, des bretzels… des bretzels ???

Derrière cette petite échoppe, il y a un grand centre et un vaste projet. Il s’agit d’un centre de rééducation et de formation de l’église lutherienne du diocèse de Meru. Il est destiné également aux personnes handicapées qui souhaitent devenir autonome et obtenir des soins orthopédiques. Financé par l’église d’une part et par les revenus de la boulangerie et de la guesthouse, il permet à 70 jeunes gens de se former à la boulangerie, la couture, la charpente ou encore la serrurerie, tout en bénéficiant d’une rééducation suivie. Ils prodiguent aussi des conseils et des micro crédits aux familles des bénéficiaires.

Je vous invite à faire un stop pour acheter leurs délicieux pains et gateaux, c’est entre Arusha et la jonction de l’aéroport de Kilimanjaro, à Usa River appelé aussi « Maji ya Chai », l’eau du thé (pour sa rivière colorée par les sédiments). Soutenir en  faisant plaisir à ses papilles, c’est quand même un beau concept !

Demain, on reste dans le coin pour visiter le projet de mama Gladness. Stanley passe des coups de fils pour organiser les rencontres, il y a tout le temps des imprévus, des désistements, des retards, ça ne semble pas facile mais il parvient à suivre mon programme. Il y a quelque mois, quand je l’ai appelé en lui disant : « Stanley, j’ai besoin de toi, es-tu prêt à me suivre sur une tournée de repérages de Nairobi à Zanzibar? », on n’imaginait pas que cela tisserait des liens si forts entre nous. Au contraire, je l’ai prévenu: « Tu sais, après un mois ensemble on va peut-être se taper sur les nerfs! »

Il est le partenaire idéal car depuis longtemps il s’investit dans les causes solidaires, et comprend parfaitement ma démarche. Il me dit d’ailleurs que de toutes les agences et tour opérateurs qu’il connaît, personne ne s’investit autant dans la connaissance du pays et de ses habitants, dans la traçabilité des prestations et services, dans la recherche de compréhension des projets. Bon, s’il continue à me faire des compliments, on va peut-être très bien s’entendre !

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La Tanzanie change la vie!

Développer le voyage solidaire

C’est toute ma vie professionnelle qui a été bouleversée par ce pays. En recommandant d’abord mes rencontres tanzaniennes à des gens de mon entourage, puis à des lecteurs de mon blog, j’ai découvert avec surprise que j’étais faite pour organiser, conseiller, repérer, prospecter, sélectionner, et développer une activité autour du voyage avec des valeurs solidaires et équitables. J’ai acquis l’expertise du terrain, que ce soit de la connaissance des itinéraires, des saisons, de la faune sauvage, des ethnies, de la culture swahilie, mais aussi la connaissance approfondie du fonctionnement des agences de voyage locales, les tarifs pratiqués, les relations entre tous les acteurs du tourisme, la manière de traiter avec eux, en circuit court,  dans un objectif de tourisme équitable.

En cinq ans j’ai aidé des petites agences locales à avoir une visibilité parmi les voyageurs francophones, grâce aux bons commentaires des clients à leur retour, sur les forums des guides touristiques.

Danny, chauffeur et Thomas, guide francophone

Chaque année, je retourne en Tanzanie pour développer cette activité et accomplir les missions listées ci-dessous:

  • accompagner un groupe sur un séjour aventure
  • travailler avec mes partenaires locaux Osiwoo Safaris et Amo Zanzibar Tours
  • assurer un suivi avec les programmes de tourisme culturels comme celui de Mama Gladness à Tengeru
  • visiter des hôtels, contrôler leur qualité, rencontrer de nouveaux managers
  • tester des prestations, activités, repérer de nouveaux territoires
  • s’immerger dans la culture swahilie pour de meilleures relations inter culturelles
  • se réunir avec les guides francophones pour le bilan annuel

En 2016 ma propre association de voyage solidaire a vu le jour, TUMBILI.

Banderole Finale

Tumbili, expertise et solidarité

Mon objectif est de promouvoir le voyage utile, en soutenant des initiatives locales en Tanzanie et à Zanzibar. J’ai rencontré des acteurs locaux du changement, que ce soit dans le domaine de l’éducation, l’environnement, la santé ou la conservation animale. De petites associations créées par des natifs ou habitants du pays méritent qu’on les mette en lumière!

Pour exemple, voici Hamis.

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Il est né dans un village près de Moshi, à côté de la forêt de Rau. Il a grandi en voyant les villageois se servir en bois et décimer la diversité des espèces. Avec deux jeunes habitants du village, il a demandé au gouvernement l’autorisation de s’occuper de la gestion responsable de la forêt. Depuis, il fait des actions de sensibilisation auprès des écoles, afin d’éduquer à ne pas jeter les déchets dans la forêt; il organise des sorties naturalistes à la rencontre des colobes guereza et des oiseaux des rizières; il crée de l’emploi auprès des mamas du village en les sollicitant pour préparer les repas et héberger les voyageurs, il apprend aux villageois à privilégier la coupe d’espèces à pousse rapide et à prendre soin de la nurserie des petits arbres.

Tumbili propose que chaque ascension du Kilimanjaro réservée par un voyageur soit associée au soutien de l’association de Hamis. Au choix du voyageur, soit on reverse une somme correspondant à une journée d’éco tourisme avec Rau Ecotour, soit on s’accorde une journée pour la vivre!

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

La démarche a intéressé un prospecteur du Petit Futé, Jean Marc, qui est allé tester les services des agences locales lors d’une tournée en Tanzanie: et hop! Tumbili est référencé ici !

Ceci dit, il est temps de relater le merveilleux voyage de mai 2017, qui a suscité une profonde réflexion chez tous les collaborateurs de Tumbili et Hotsun, et a donné le jour à une nouvelle entreprise solidaire au pied du Mont Kilimanjaro: Osiwoo Safaris.

Il est à parier que bientôt ce nom sera connu du voyageur francophone, car il est l’étendard d’une équipe expérimentée, dynamique et engagée dans le soutien aux communautés locales.

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Jour 12: Mwanga

Aujourd’hui Ally m’emmène faire la rencontre de son père et sa belle mère à Mwanga, au pied des monts Pare, à une centaine de kilomètres au sud est de Moshi.

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Ça me rappelle Ndareda, avec un peu plus d’activité. Mais ici il ne semble pas souvent y avoir de Mzungu qui s’arrête. Je suis une bête curieuse, et pourtant les passants ne me prêtent pas grande attention. Comme c’est bon et rare de se sentir une personne parmi d’autres!

Nous rendons visite au père d’Ally dans sa petite boutique. Il vend des chaussures depuis son plus jeune âge. Il a même eu un magasin à Mombasa, avant de revenir dans sa région natale. Ally m’explique qu’il a eu cinq femmes, dont la mère d’Ally qui est restée vivre au Kenya. Pour ses vieux jours, il a choisi de s’installer avec sa deuxième femme avec qui il a élevé le plus d’enfants.

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Ils vivent dans une maison grande mais simple, avec leurs deux filles et petits enfants. La mama nous prépare un samaki-ugali (poisson et foufou) puis nous allons nous promener dans les rues terreuses, à la rencontre des habitants, et finissons par l’échoppe de vêtements de la demi-soeur d’Ally.

on trouve de tout dans un bac à fleur!

on trouve de tout dans un bac à fleur!

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un abri pour les vaches

Les photos sont de très mauvaise qualité car j’ai volontairement oublié mon ostentatoire Nikon. Me balader sans appareil photo est assez libérateur: je ne me sens pas l’obligation de capturer le plus beau regard sous le plus bel angle. Là, j’ai un téléphone, je fais quelques photos souvenirs, comme ça, sachant qu’elles seront trop pourries pour les publier sur un blog. Ah! Mais?

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La sœur d’Ally est adorable à tous points de vue, jolie, attentionnée, souriante, malgré une vie pas si simple.

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A présent, il faut rentrer, car je dois préparer mon sac pour… le Kilimanjaro.

Je me répète ce nom mentalement toute la soirée. J’ai du mal à croire que je m’apprête à le gravir. Ce  massif légendaire, dont le nom m’évoque la couverture d’un livre d’Hemingway, et la toile de fond de l’histoire de Patricia et son lion chez Kessel, ce « toit de l’Afrique » et ses « neiges éternelles »; ce vieux volcan gravé dans l’histoire coloniale, ce bougre qui s’est dissimulé pendant toute la durée de mon premier voyage et m’a dévoilé sa crête par dessus les nuages, le jour de mon départ précipité vers le cercueil de mon père; sa discrète silhouette se dévoilant presque en transparence les jours de très beau temps, comme pour signifier que laisser apparaître son blanc mamelon sur un cliché est un peu trop osé…

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Ce monstre enfin, qui la semaine dernière, je l’apprends donc la veille de l’affronter, a eu raison de deux trekkeurs, comme chaque année vingt cinq n’en reviennent pas. Sur 25 000. Un pour mille. Et moi, moins sportive qu’une trace de bave (oui j’ai mes métaphores personnelles), moi qui ne randonne jamais, à moins qu’à deux heures de marche il y ait une ferme auberge, moi qui ai séché le sport toute mon année de terminale, et n’en ai plus jamais refait, moi qui hait l’absence de végétation, je vais aller à près de 6000 mètres? Laissez moi rire… et en douter… et flipper ma race de façon très contenue!

Jours 4-6: Reprendre ses marques à Moshi

Moshi town

Moshi est une petite ville, et j’aime bien m’y promener toute seule, malgré la surprotection dont Ally fait preuve. Il souhaite que je ne me fasse pas ennuyer par les flycaughters, mais ces petits jeunes ne me dérangent pas. Ils vous emboîtent le pas, échangent quelques mots, et quand ils comprennent que je ne suis pas cliente, ils me laissent. Au pire, je leur lance gentiment un petit:  » Samahani, niache mwenyewe » (« excuse-moi, mais laisse moi tranquille »). Au bout de quelques jours, tout le monde me reconnait et cesse de me coller.

Petit à petit, j’insiste auprès d’Ally pour vivre le quotidien comme lui. Fini le taxi, je me mets au « piki-piki », le taxi moto, moins cher… plus dangereux. Il faut bien choisir son chauffeur, car parfois les bouteilles de Konyagi sont ouvertes un peu trop tôt!

Le Konyagi est un alcool local à 35 degrés. La distillerie se situe à Moshi. Il se boit volontiers avec du Sprite ou du jus de fruit.

Le soir, nous allons au « Glacier », un endroit qui ressemble à une discothèque mais en plein air. Il y a un concours de danse, et c’est étonnant de voir à quel point les gens se lancent sans complexe pour participer et se trémoussent comme des diables dans une bonne humeur générale.

Le lendemain, journée de bureau. La matinée commence bien, le Kilimandjaro se dévoile, tout en restant un peu lointain.

Timide Kilimanjaro

Timide Kilimandjaro

Au bureau, il y a quelques demandes de devis en français qui vont bien m’occuper ces prochains jours. J’en profite aussi pour visiter quelques hôtels de Moshi, histoire de voir dans quels endroits on envoie nos clients quand ils arrivent. Pendant les pauses, je vais voir les couturières de la rue, dont Irene qui me tombe dans les bras en riant; je leur commande quelques robes, et de nouveaux rideaux pour le bureau, en essayant de faire travailler un peu tout le monde.

La mama qui coud devant Hotsun Safaris.

La mama qui coud devant l’agence

Les jours passent vite ainsi, et le départ en safari se rapproche. Les deux jeunes allemandes avec qui je vais partir arrivent à l’aéroport:  j’accompagne Ally qui vient leur souhaiter la bienvenue et les ramener en ville. Nous attendons longtemps, elles ont leurs visas à faire en arrivant. Des gens de toutes nationalités débarquent dans le hall, attendus par leurs guides qui tiennent des panneaux où sont inscrits leurs noms. Tiens, quelques groupes sont arrivés avant leurs guides et s’impatientent, voilà qui n’est pas très professionnel de la part des agences… « Cela arrive souvent, me dit Ally. Moi je suis plutôt une heure en avance, pas question de laisser un voyageur en plan, imagine sa panique! »

Linda et Verena s’approchent. Elles ont un grand sourire en nous saluant.  Nous les emmenons  dans  un charmant B&B avec cour intérieure, loin des bruits de la ville. Après un petit briefing sur l’heure de départ, ce qu’il faut emporter pour le camping, etc, nous rentrons à Pasoa pour nous reposer et à notre tour faire nos bagages.

Demain, je réalise un rêve. Est-ce que ce sera à la hauteur de mes attentes?

Jour 3 – Voyage vers le nord

Le bus Dar-Moshi

Nous voilà partis pour 7 heures de bus qui n’ignore aucune anfractuosité de la route…

Nous entrons donc à l’aube dans ce vestige des années 80, coincés à trois par rangée, et je me retrouve contre une fenêtre qui ne ferme plus tout à fait. Toutes les deux minutes, je vais devoir pousser la vitre qui s’ouvre avec les secousses, pendant sept heures, soit 210 fois pendant le trajet? Finalement, je m’endors, et laisse la fenêtre ouverte.

Usambara Mountains

Usambara Mountains

Nous passons devant les Monts Pare, d’où est originaire Ally, avant les Usambara Mountains. Il tient à m’y emmener plus tard pour rencontrer son père et sa belle-mère avec qui il vit. Ally est contre la polygamie pour lui-même, mais tolère que son père ait eu cinq femmes. Il a décidé de passer ses vieux jours avec la deuxième d’entre elles.

Chaque fois que le bus ralentit, une horde de vendeurs se précipitent aux fenêtres. Biscuits, sodas, noix de cajou dans des corbeilles ou des glacières, il faut être rapide: sortir l’appoint, négocier, attraper les produits sans les faire tomber… parfois les vendeurs sont obligés de courir après le bus pour finir la transaction!

Le chauffeur annonce une pause dans une sorte de restoroute à l’africaine, enfin. Là encore il faut s’organiser, car on n’a que… dix minutes! Pendant que je vais aux toilettes, On commande deux thés au lait et des samboussas (samossas). Le thé est brûlant, on n’a pas le temps de finir que le chauffeur claxonne déjà comme un fou furieux.

Vers la bifurcation pour Tanga, on traverse de grands champs d’orangers. Les deux premières récoltes sont pour les propriétaires des cultures, mais ils laissent la dernière aux vendeurs de bord de routes. Il y en a de belles, on en prendra en redescendant vers Dar dans trois semaines. A savoir: un filet de 2kg, c’est maximum 3000 Tsh (1,5€) , et il faut les choisir bien grosses!

Vente des oranges

Vente des oranges

Moshi

Nous arrivons à la gare routière de Moshi, où nous sommes assaillis comme dans chaque gare par les vendeurs de tickets de bus, les rabatteurs pour les taxis, et les flycaughters qui travaillent pour les agences et les galeries d’artisanat. Mais la Mzungu ne vient pas en touriste! L’agence de voyage d’Ally se situe quelques rues plus loin, et nous pressons le pas. School Street, nous y voilà!

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Samweli Lucasi & Happy Peters au bureau

Les membres de l’agence que j’avais brièvement rencontrés l’année dernière, vont devenir au cours de ce séjour des personnes extrêmement familières. Sam est le cuisinier principal de l’agence, mais il épaule surtout Ally à la direction. Happy s’occupe de l’accueil des clients.

Japhary

Japhary

Il y a également Japhary, chargé de réunir l’équipement de montagne ou de safari. Voilà pour l’équipe permanente. Après une bonne portion de traditionnelle « chipsi maiai » (patates aux oeufs ou omelette aux frites, j’hésite pour la traduction), nous rentrons dans le quartier de Passoa, où Ally loue une maison de deux pièces. Confirmation: nous allons partager sa chambre, il y a deux lits avec moustiquaires. Sa maison est très sommaire: des néons blancs en guise d’éclairage (j’ai dit que la lumière des néons me déprime?), et dans l’autre pièce, un canapé, une télé, une bouilloire, un frigo (pas branché). A l’extérieur, il y a une pièce d’eau qui fait douche et wc au même endroit; faudra s’habituer… Il n’est pas facile de faire tourner une agence, et je vois bien qu’Ally se paie au minimum et préfère investir dans sa compagnie, afin qu’un jour elle soit plus prospère.

Nous sommes vendredi 17 août, et Ally m’annonce que mercredi prochain, je pars en safari.

Jour 2 – Dar Es Salaam

Réveil difficile

Je crois bien qu’on a discuté jusqu’à cinq heures du matin, et la femme de ménage a déjà chercher à entrer plusieurs fois dans la chambre. On va prendre le petit déjeuner dans le bâtiment en face, chapatis et thé au lait. Mal réveillée, le cerveau lent, je ne parviens pas à répondre aux salutations en swahili. En un an, je n’ai pas été plus loin que la leçon 20 de la méthode Assimile, je ne me sens pas très fière…

Le programme: une journée à Dar avant de rentrer à Moshi demain matin. Comme on est très fatigués, on décide de seulement flâner au centre ville. Mais avant tout, je dois voir pour la première fois de ma vie… l’océan Indien!

A l’arrêt de bus

A l’arrêt de bus, j’essaie de réaliser et de réveiller mes sens: je suis en Tanzanie, pour un mois, je vois la terre, les gens habillés de couleurs vives, les charrettes écrasées de fournitures,  j’entends le swahili,  l’anglais,  l’arabe, les camions, les vendeurs qui crient; je sens le maïs grillé, la poussière, les gaz d’échappement, la transpiration des gens qui se bousculent pour monter dans les bus. Il y a quelque chose d’ étranger et en même temps d’extrêmement familier.

Dans le dala dala

Ally me fait monter à l’avant du dala dala et discute avec le chauffeur. Dans les semaines suivantes, je remarquerai que le sujet de prédilection avec les chauffeurs de bus ou de taxi, c’est la politique du gouvernement actuel, la corruption, et la nostalgie du « père de la nation », Julius Nyerere. Ally m’assure que de son temps, Nyerere se déplaçait dans le bush pour régler les conflits des villageois, et qu’il avait une ligne téléphonique pour les Tanzaniens.

Je m’imagine téléphoner à Sarkozy: « Oui bonjour, j’ai un problème avec mon proprio, il ne veut pas faire les travaux, et au fait, j’aime pas votre politique d’immigration, on peut en discuter au café de mon village? »

Ocean Road

Arrivés au port, Ally me montre où se prend le ferry pour Zanzibar. J’évoque les catastrophes récentes: après le Spice Islander en 2011, le MV  Skagit a fait naufrage en juillet, en tout 350 morts, le pays endeuillé, le ministre des transports qui a démissionné… Ally accuse les propriétaires de compagnie maritime, qui pour faire plus de profit, utilisent des bateaux qui selon la loi ne devraient plus circuler depuis des années. De plus, ils sont surchargés, alors la moindre intempérie peut être fatale.

Je sais depuis qu’il faut envoyer les voyageurs uniquement sur les « Kilimanjaro I, II, III, IV, V » (voir site). Les catamarans d’Azam Marine sont bien entretenus et recommandés par l’ambassade.

Nous longeons le port jusqu’à Ocean Road, et là je vois enfin l’océan Indien. Le long de la route, des vendeurs de noix de coco somnolent à l’ombre. Si je veux goûter? Et comment!

Au-delà, c’est Zanzibar!

Alors c’est comme ça que ça s’ouvre? Pas de marteau? Juste un coutelas de guerrier Maassaï super aiguisé, que si le vendeur il t’aime pas, il t’égorge?

Mmmh!

D’abord on boit le lait, puis le monsieur vous tend des petits bouts de chair blanche. Ça a le goût de la coco, mais la texture du calamar! Je suis contente, je ne connaissais que la chair dure qu’on peut râper.

A l’ombre

On se promène le long de la plage. Il y a des coquillages que je n’avais vus que dans les magasins du bord de mer en France. Apparemment, ce n’est rien à côté de ceux de Zanzibar. Mais ça, c’est dans trois semaines.

Je n’ai pas vu grand chose de Dar es Salaam, il paraît qu’il y a de magnifiques endroits pour la plongée. Là encore, il faudra revenir!

Mais demain, on se lève à cinq heures: on a une journée de bus pour gagner Moshi. A bientôt, l’océan, tutaonana tena!

Jour 1 – Narudi Tanzania (Je reviens en Tanzanie)

C’est parti mon Kili

J’ai eu un début d’été chargé et peu de temps pour réaliser. Mais j’y suis, comme l’année dernière. Dans un avion qui m’emporte pour un mois, seule, vers un pays dont je ne connais que quelques rues de centre-ville, quelques routes de campagne, quelques habitants isolés.

J’ai peur d’être déçue. J’ai peur de passer une nouvelle fois à côté des grands parcs sans y entrer, au pied du Kilimandjaro sans le voir, à cause d’un budget trop petit, d’une météo peu clémente. J’ai peur que quelqu’un meure pendant que je suis loin, comme l’année dernière. C’est irrationnel.

Ce point du monde…

Pourtant cette fois c’est différent. Depuis l’année dernière, je suis en relation avec Ally, le directeur d’une agence locale à Moshi. J’ai appris l’organisation d’un safari, les tarifs, les excursions à Zanzibar, l’équipement pour grimper le Kili. D’ailleurs, maintenant, je dis le « Kili », pour aller vite, mais j’aime pas ça. Ça lui enlève de la noblesse. On est pas si intime. Pas encore.

L’heure de la pratique a sonné. J’ai un peu plus de budget que l’année dernière, un peu plus de gens qui m’attendent sur place. J’ai envoyé une dizaine de voyageurs français, belges, canadiens auprès de l’agence, j’ai récolté leurs commentaires à leur retour. Tous ont été satisfaits des prestations, de la nourriture, de l’accueil, de la gentillesse de l’équipe. Alors j’ai eu envie de me lancer vraiment dans l’aventure; d’établir un vrai partenariat avec l’agence de Moshi. Et de voir par moi-même comment ça se passe en vrai.

Un autre trajet

Istanbul

Tiens, cette fois, j’essaie Turkish Airlines. Après tout, il faut aussi que je teste les compagnies aériennes! Le coucher de soleil sur Istanbul me plonge dans cette béatitude du voyageur qui ne sait pas ce qui l’attend à destination, mais confiant, range dans sa mémoire des instantanés du trajet en lui-même. L’art de voyager de Montaigne! De nos jours, on est si pressés d’arriver qu’on oublie de rêver en route.

Je ne reverrai pas Eunice à Nairobi cette année. J’atterris à Dar es Salaam, à trois heures du matin. La file d’attente pour les visas n’en finit pas. Ally a tenu à m’accueillir à l’aéroport. Il a donc passé la journée dans le bus pour venir de Moshi, et maintenant il m’attend au milieu de la nuit, le pauvre!

Dans le hall d’arrivée, son visage s’éclaire en me voyant. On est si contents de se retrouver! Après un an de conversations sur Skype pour qu’il m’aide à établir des devis, faire des propositions intéressantes pour les clients comme pour l’agence, parler de chiffres, de listes de matériel, des animaux, des paysages, d’hôtels, de 4×4, des différentes ethnies…

On prend un taxi pour la chambre d’hôtel qu’il a réservée.

« Ah, on dort dans la même chambre?

– Ben oui c’est moins cher, et puis il y a deux lits, et chacun sa moustiquaire »

C’est parti! Je mets en route toutes les qualités requises: capacité d’adaptation, patience, courage, auto-persuasion. Quatre semaines sans problème avec un monsieur que je connais à peine, c’est possible!

Et ce fût possible mais non dénué d’embûches ! Utilisation malicieuse d’un passé simple pour rappeler au lecteur que le récit de ce nouveau voyage ne se fait pas en direct. Il s’est déroulé en août-septembre 2012. Et je me délecte à le revivre en écrivant. Bienvenue dans le tome II !