Jour 8: Arusha Ces gens qui y vivent

Wildlife Society

Enfin de vraies rencontres! Ce matin j’ai réussi à joindre Franklin, le fameux vétérinaire dont j’avais le contact. Alors, je ne sais pas s’il est vétérinaire, mais il travaille à la Wildlife Society dont les bureaux sont au National Museum. Il se trouve au nord de la Boma Road, un quartier que j’ai assez arpenté hier pour le connaître.

Pauv'bêtes!

Passée la grille d’entrée, je cherche le bureau de Franklin quand je tombe sur une pièce remplie de trophées animaliers, un atelier de taxidermie. Au milieu de cet alignement de têtes mortes, un ouvrier me regarde en rigolant, je dois faire une drôle de tête… Il a la gentillesse de m’amener à Franklin.

Franklin est un large monsieur à l’air paisible qui parle peu et écoute attentivement ce que j’ai à lui dire: que je souhaite faire du bénévolat, me renseigner sur les possibilités d’approcher les animaux autrement que dans un Land Cruiser en safari, pour lequel je n’ai d’ailleurs pas de budget. Franklin me fait passer de l’espoir au découragement toutes les dix secondes:

– Oui il est possible de faire un stage à la Wildlife Society.   🙂

–  Mais il faut s’engager au moins trois mois.   😦

– Mais il a peut-être un contact qui peut me prendre une semaine.   🙂

– Mais ce n’est pas avec les animaux sauvages, c’est un vétérinaire de bétail.   😦

– Mais il va soigner le bétail des Maasaïs.   🙂

– Mais pas cette semaine.   😦

Il me dit de l’accompagner chez le vétérinaire en question, à deux pas. En chemin, nous croisons une petite termitière en construction sur un trottoir, je m’arrête pour l’observer. Il me sourit : « Ah oui, si même ça, ça t’intéresse, c’est que tu es une vraie! Tu vois, là elle est presque plate; mais si tu verses un peu d »eau, demain, elle dépasse ta hauteur. »

Babi Marabu

Le vétérinaire est absent, nous revenons donc au bureau. Dans l’entrée du musée,  Franklin dit soudain qu’il veut me « présenter quelqu’un de très vieux ». Je suis intriguée par cette introduction. Dans le jardin derrière le musée, il y a un marabout tout pelé. Il n’est pas très sauvage. Il y a quelques années, on l’a trouvé blessé.  Il a été soigné ici, et depuis il se promène librement. Il ne peut plus voler. De près, sa taille est moins impressionnante : les marabouts des rond-points de Nairobi me paraissaient géants.

Franklin me donne rendez-vous le lendemain au siège d’un autre organisme de protection de la nature pour tenter quelque chose avec eux. Je retourne vers le centre.

Mamcho Garden

Je rêve d’un endroit calme, comme un parc, avec un café à l’extérieur. Mais ce n’est pas l’Ecosse, bon sang! Je dois m’efforcer d’avoir des envies réalistes.

Comme je suis plantée à réfléchir à l’endroit où je vais pouvoir aller, un petit gars s’approche et me demande poliment s’il peut m’aider. Je lui explique donc que je cherche les jardins de l’université de Glasgow. On dirait que ça lui parle, car il me propose de le suivre. Juste avant le pont de la rivière Naura, je découvre sur la droite un petit café local avec des tables dehors, disséminées sur une pente en terrasses qui descendent vers la rivière, au beau milieu d’une bananeraie. Aaaaaah! Pour la peine, j’invite mon guide à boire un verre.

Au Mamcho Garden

Melvin m’explique que son travail consiste à rameuter les clients vers la boutique de son patron. Il ne m’a même pas poussée à aller voir les articles qu’ils vendent, ce que j’apprécie beaucoup. C’est un garçon à l’air doux et intelligent; il me confie qu’il rêvait de devenir avocat pour défendre les droits de l’homme dans son pays. Il m’apprend l’existence du tribunal pénal international d’Arusha, qui juge les crimes de guerre commis au Rwanda (la Tanzanie et le Rwanda font partie de la Communauté d’Afrique de l’Est). Malheureusement, Melvin a perdu ses parents, n’a pas été assez bon à l’école et n’a jamais eu assez d’argent pour entamer des études. Bientôt son copain Mike nous rejoint, le bonnet vissé de travers sur ses oreilles décollées, il a une telle bonne humeur contagieuse que je l’invite également à boire un verre. Nous passons  deux bonnes heures à s’apprendre des mots de swahili et de français. Ce sont les personnes les plus gentilles que j’aurai connues à Arusha.

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Jour 2 : Nairobi, Langata

Engloutie à Nairobi

A l’aéroport Jomo Kenyatta, où j’attends mon hôte Eunice, je me rends vite compte que rien ne fonctionne comme en Europe. Je me dirige au bureau du tourisme pour obtenir un plan gratuit de Nairobi, un peu comme si j’étais à Vienne… apparemment on m’en offrira un avec plaisir si je prends le taxi avec telle compagnie. Toutes les trente secondes, quelqu’un m’aborde pour savoir si j’ai besoin d’un service, si quelqu’un vient me chercher, et je finis par me retrouver la dernière dans le hall, entourée d’autochtones flairant le gros pourboire, mais que fait donc Eunice?

Ah si j'avais un bon zoom!

Faire du couchsurfing toute seule à l’autre bout du monde, finalement est-ce bien prudent? Mais voilà qu’arrive une toute jeune fille de 19 ans, c’est Millie, la cousine qui habite en ce moment chez Eunice. Elle a retenu un taxi, super! Ca fera 25 dollars, pas super!

Finalement nous avons fait 1h30 de trajet en bus pour moins d’un euro, et j’ai pu voir le ventre de la ville grouiller à l’heure de pointe. Sur un poteau d’éclairage, je vois un immense oiseau sculpté, je trouve l’artiste un peu fou; quelques mètres plus loin, au centre d’un rond-point, il y en a des dizaines sur les branches d’un arbre. Soudain les œuvres s’animent et déploient leurs ailes de toute leur envergure: ce sont des marabouts! Je suis très impressionnée.

Je ne sais pas encore qu’avec les termites, ce sont les seuls animaux d’Afrique que je verrai pendant mon séjour!

le chemin de Kibera

Le bus nous recrache au croisement de deux chemins en terre battue, bordé d’échoppes et baraques qui vendent de tout en plein air. C’est Langata. Un peu plus loin  en contre bas on aperçoit le plus grand bidonville d’Afrique, Kibera. Il y a un siècle, c’était une vaste forêt…

Millie s’arrête pour acheter de quoi manger ce soir. J’observe… et moi, je vais y parvenir toute seule d’ici quelques jours? Avec mes 15 leçons de swahili derrière, je ne comprends pas un mot de ce que la vendeuse lui raconte. Eunice me dira plus tard que le swahili de Nairobi est plein d’argot, et je ferai moi-même la différence en Tanzanie.

Je m’aperçois soudain que TOUT LE MONDE me regarde, et je réalise que je suis la seule blanche dans le quartier. Je pique un fard et me dandine, Millie comprend et me ramène à la maison. J’ai honte d’avoir eu honte! Mais c’est la première fois que je vis cette situation.

Eunice & Georges

Eunice dans un drapé made in Tanzania

Eunice habite dans une petite maison toute bleue avec Georges. J’apprends qu’elle est malade, et voilà pourquoi elle n’est pas venue m’accueillir elle-même à l’aéroport. Elle est en train de se rétablir d’une forte crise de malaria qui l’a conduite à l’hôpital la semaine passée. Millie nous apporte un plateau de victuailles tout à fait « brittish » pour le « tea time », et repart faire un grand ménage, toute heureuse de sa dévotion. Je suis tombée dans une famille de la classe moyenne: Millie est étudiante, Eunice est cuisinière à l’ambassade du Canada, et Georges est courtier d’assurance.

18h:  les oiseaux piaillent comme s’ils étaient des millions, et le soleil se couche! J’en suis toute déboussolée. On est en juin! J’ai pas envie de me coucher!

J’apprends avec soulagement qu’on mange vers 21h. J’insiste auprès de Millie (elle m’envoie balader dix fois) pour aider à la cuisine, en lui faisant comprendre que ça me fait plaisir d’apprendre une recette. Eunice me préfère assise et oisive comme une invitée digne de ce nom, mais je crois qu’elle aime bien mon côté récalcitrante.

Au menu, ragoût de boeuf, riz et skumawiki (entre les épinards et le chou vert haché); au passage j’apprends pas mal de mots anglais relatifs à la cuisine, comme to stir = mélanger. Et un mot récurrent en swahili: sufuria, la casserole!

Dans mon lit je réalise… que je ne réalise pas. Mais je suis au Kenya, je suis au Kenya!