Chez Laizer

Au travail !

J’aimerais vous parler de Laizer, le chef Maasai d’une grande boma (village). Il vit dans un enkang (ensemble d’habitations traditionnelles ceint par une clôture d’arbustes épineux) à l’est de l’aéroport, c’est le début de la grande steppe Maasai qui s’étend au sud jusqu’à Dodoma. Une terre très aride où les femmes font des kilomètres pour aller chercher de l’eau au puits, et d’où il faut partir en transhumance les mois les plus secs pour emmener les troupeaux paître l’herbe tendre des terres de l’ouest.

Laizer a décidé d’ouvrir son village au tourisme culturel afin de soutenir l’économie de la communauté, financer les formations des jeunes qui souhaitent poursuivre leur scolarité, développer l’élevage, aider aux frais médicaux des familles. A peine arrivés nous voyons les femmes occupées à la construction d’une maison pour les hôtes. Au boulot! Elles nous apprennent à faire le mélange de terre, eau et bouse de zébu qui va colmater les espaces entre les branchages et isoler très efficacement la maison.

dsc_0210

dsc_0211

dsc_0272

dsc_0271

Cette maison va permettre d’accueillir des voyageurs pour la nuit. Elle a été placée un peu à l’écart du centre du village, pour que chacun conserve son intimité. Auparavant les rares visiteurs dormaient là où je vais m’installer pour la nuit : ma claustrophobie sera mise à l’épreuve…

Mais déjà le bétail est en vue, et l’heure de la traite arrive.

dsc_0260

dsc_0255 dsc_0247

Je vais dormir dans une hutte traditionnelle, basse et colmatée de partout à l’exception d’un petit trou auquel je vais coller mon nez toute la nuit, car par bonheur il est à hauteur du lit.

dsc_0268

dsc_0262

Le lit est une litière de branchages, recouvert d’une couche de fourrage et de peaux de chèvre. Après avoir testé, j’ai décidé que, juste au cas où, on apporterait des matelas la prochaine fois, ou alors il faut vraiment rajouter deux-trois bonnes couches de fourrage!

En dehors du manque d’oxygène et du mal de dos,  j’ai passé une très bonne nuit ! Non, vraiment, sans ironie, il y a quelque chose de magique à dormir de la même façon qu’il y a mille ans, et je pense à ces éleveurs qui, en France, juste avant l’avènement de l’électricité, partageaient la maison et l’âtre avec les troupeaux. L’odeur des herbivores est mon odeur du bonheur! Les bruits des bêtes et leurs petits, juste à côté, les grillons, les hommes qui déroulent la langue Maa au dehors, le feu qui crépite, n’est-ce pas à vivre une fois dans sa vie? « Voir » les Maasais peut être un rêve, mais quand on le vit, on comprend que les autres sens sont bien plus émus: sentir, écouter, toucher « kimaasai » (à la manière Maasai).

A l’aube, en quête d’air frais, je sors de la hutte. Tout est endormi. Et là bas, discret comme parfois la lune peut l’être en pleine journée, un sommet se dessine à l’horizon. C’est le Mawenzi, à 5 149 mètres, qui émerge sur la plaine.

dsc_0236

C’est pas très impressionnant, en photo, comme ça… mais l’amas de nuage à gauche, s’il se déplace, c’est la splendeur du massif entier du Kilimanjaro qui apparaît; combien de fois je retiens mon souffle, combien de fois le sommet du Kibo joue à cache cache, surgit furtivement, disparaît à nouveau, par dessus, par dessous les strates cotonneuses!

Et nous voilà comme des anglais, à boire le thé au lait et les petits biscuits en parlant de nos cultures. Laizer me demande pourquoi les femmes mettent des pantalons. Je réponds que c’est pratique, et correspond à notre époque; qu’il y a longtemps, les hommes portaient des robes, comme ici, j’explique les Romains, Laizer explique ses traditions. Il pensent que les jeunes doivent avoir le choix, et soutient autant les gosses qui souhaitent faire des études que ceux qui restent à la vie pastorale.

Si je veux aller au marché Maasai? Evidemment!

Laizer prend mon appareil photo, qu’il gardera dans sa main ballante, mitraillant tous les recoins du marché sans aucun intérêt pour le cadrage et le niveau de l’horizon. Je poste ici celles qui par hasard, sont réussies!

dsc_0314

dsc_0303

dsc_0311

dsc_0290dsc_0302

dsc_0297

dsc_0285

dsc_0282

dsc_0295

Voilà un étal qui m’a fait grande impression: la médecine naturelle des Maasai ! Bien entendu j’ai demandé « c’est quoi ça? » pour la moindre poudre, épice, racine, herbe que ces petits sacs contenaient. Le vendeur est resté très patient malgré nos efforts interminables pour traduire un nom Maasai en swahili puis en anglais puis en français. J’ai bien entendu tout oublié depuis.  J’ai fini par acheter une poudre de racine de je ne sais plus quoi ( sijui en swahili ^^) contre le rhume, et … une bouse d’éléphant séchée. Enfin, de l’herbe digérée quoi. C’était le premier contact, depuis j’en ai fumé aussi, qui sait quand j’en mangerai !

Plus tard dans le séjour, à Babati, un gros rhume m’a terrassée toute une journée: le soir, trois cuillers de cette poudre (un goût de… terre au piment…) , une inhalation de caca d’éléphant, et tout est parti en une nuit. Je vous en ramène la prochaine fois? (Bon par contre je vais éviter de l’acheter car on en trouve par terre,  quand même ! )

Réflexions sur le tourisme culturel

J’ai décidé que j’inciterai les gens à passer la nuit chez les Maasai.  Parfois on m’avoue une crainte tout à fait défendable: « On ne veut pas aller dans les pièges à touristes » . Mis à part quelques villages du bord de la route en allant au Serengeti,  qui sont connus pour être des reconstitutions, un peu comme nos écomusées, on a peu de chance d’être déçu d’une visite aux Maasai, à condition d’éviter les visites éclairs bien entendu. Inutile de réfréner notre curiosité ou de craindre d’offenser ce peuple qui a un grand sens de l’humour et peu de sujets tabous.

dsc_0207

Bien entendu, si l’on sent que les villageois font des démonstrations à contre cœur, s’ils ont une mine contrariée, il peut y avoir un problème, mais dans ce cas, je suggère de leur parler. Rien n’empêche de leur dire qu’on ne peut pas apprécier qu’ils fassent quoi que ce soit de manière forcée. Cela m’est arrivé chez les Hadzabe. J’étais indignée qu’un grand père qui avait manifestement mal à une jambe participe à la danse. Je l’ai dit, il m’a remerciée, s’est arrêté,  et j’ai décidé de ne plus jamais envoyer de voyageurs chez les Hadzabe. C’est très différent pour eux. Ils ne connaissent que très peu le monde qui les entoure, ils ne croient pas que tout change, alors qu’ils sont anéantis par le tourisme forcé. Les Maasai, aujourd’hui, proposent du tourisme culturel de leur plein gré. Si on a des doutes, pourquoi ne pas se renseigner: combien gagne le village sur votre visite? Combien pour l’agence? Est-ce équitable? Poser ces questions, après tout, c’est s’enquérir du bien être de nos hôtes.

dsc_0250

Bienvenue chez les authentiques Maasai de 2017 !

dsc_0243

Publicités

La Tanzanie change la vie!

Développer le voyage solidaire

C’est toute ma vie professionnelle qui a été bouleversée par ce pays. En recommandant d’abord mes rencontres tanzaniennes à des gens de mon entourage, puis à des lecteurs de mon blog, j’ai découvert avec surprise que j’étais faite pour organiser, conseiller, repérer, prospecter, sélectionner, et développer une activité autour du voyage avec des valeurs solidaires et équitables. J’ai acquis l’expertise du terrain, que ce soit de la connaissance des itinéraires, des saisons, de la faune sauvage, des ethnies, de la culture swahilie, mais aussi la connaissance approfondie du fonctionnement des agences de voyage locales, les tarifs pratiqués, les relations entre tous les acteurs du tourisme, la manière de traiter avec eux, en circuit court,  dans un objectif de tourisme équitable.

En cinq ans j’ai aidé des petites agences locales à avoir une visibilité parmi les voyageurs francophones, grâce aux bons commentaires des clients à leur retour, sur les forums des guides touristiques.

Danny, chauffeur et Thomas, guide francophone

Chaque année, je retourne en Tanzanie pour développer cette activité et accomplir les missions listées ci-dessous:

  • accompagner un groupe sur un séjour aventure
  • travailler avec mes partenaires locaux Osiwoo Safaris et Amo Zanzibar Tours
  • assurer un suivi avec les programmes de tourisme culturels comme celui de Mama Gladness à Tengeru
  • visiter des hôtels, contrôler leur qualité, rencontrer de nouveaux managers
  • tester des prestations, activités, repérer de nouveaux territoires
  • s’immerger dans la culture swahilie pour de meilleures relations inter culturelles
  • se réunir avec les guides francophones pour le bilan annuel

En 2016 ma propre association de voyage solidaire a vu le jour, TUMBILI.

Banderole Finale

Tumbili, expertise et solidarité

Mon objectif est de promouvoir le voyage utile, en soutenant des initiatives locales en Tanzanie et à Zanzibar. J’ai rencontré des acteurs locaux du changement, que ce soit dans le domaine de l’éducation, l’environnement, la santé ou la conservation animale. De petites associations créées par des natifs ou habitants du pays méritent qu’on les mette en lumière!

Pour exemple, voici Hamis.

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Il est né dans un village près de Moshi, à côté de la forêt de Rau. Il a grandi en voyant les villageois se servir en bois et décimer la diversité des espèces. Avec deux jeunes habitants du village, il a demandé au gouvernement l’autorisation de s’occuper de la gestion responsable de la forêt. Depuis, il fait des actions de sensibilisation auprès des écoles, afin d’éduquer à ne pas jeter les déchets dans la forêt; il organise des sorties naturalistes à la rencontre des colobes guereza et des oiseaux des rizières; il crée de l’emploi auprès des mamas du village en les sollicitant pour préparer les repas et héberger les voyageurs, il apprend aux villageois à privilégier la coupe d’espèces à pousse rapide et à prendre soin de la nurserie des petits arbres.

Tumbili propose que chaque ascension du Kilimanjaro réservée par un voyageur soit associée au soutien de l’association de Hamis. Au choix du voyageur, soit on reverse une somme correspondant à une journée d’éco tourisme avec Rau Ecotour, soit on s’accorde une journée pour la vivre!

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

La démarche a intéressé un prospecteur du Petit Futé, Jean Marc, qui est allé tester les services des agences locales lors d’une tournée en Tanzanie: et hop! Tumbili est référencé ici !

Ceci dit, il est temps de relater le merveilleux voyage de mai 2017, qui a suscité une profonde réflexion chez tous les collaborateurs de Tumbili et Hotsun, et a donné le jour à une nouvelle entreprise solidaire au pied du Mont Meru: Osiwoo Safaris.

Il est à parier que bientôt ce nom sera connu du voyageur francophone, car il est l’étendard d’une équipe expérimentée, dynamique et engagée dans le soutien aux communautés locales.

Osiwoo safaris logo-1

J17 – Barafu camp – Stella Point – Moshi

L’ascension de nuit

Mon guide a eu la délicatesse de me laisser dormir jusqu’à minuit au lieu de 23h. La fraîcheur de la nuit me donne un coup de fouet. Comme chaque matin, je fais mon sac en buvant un thé brûlant, mais cette fois dans le noir. Il y a du remue ménage autour mais je ne distingue que quelques lueurs de torches. Huit heures de sommeil m’ont fait du bien et je me réjouis intérieurement du caractère ultime de la prochaine marche. Hier j’ai vécu la plus longue journée de ma vie, et je ne sais pas encore que je m’apprête à connaître ma plus longue nuit. Dans cette immense obscurité, un train de lumière s’est mis en marche. Chaque marcheur a sa lampe frontale. Comme des nains dans une mine. On se met à la file.

Pendant 5h, on ne voir que de la roche et du sable noir dans les cercles lumineux. A peine une heure après le départ, un vent glacial s’est levé, infiltrant lentement chaque micro ouverture dans nos triples couches de vêtements. Parfois, comme au Barranco wall, j’entends un pas de course au loin. Mais ce ne sont plus les porteurs qui nous dépassent: ce sont les guides qui redescendent, soutenant un marcheur trop faible ou malade pour continuer. Non, le Kilimanjaro, c’est pas de la rigolade. Je comprends aussi les gens qui parlent de challenge mental plus que physique. J’ai rarement autant peiné à me relever à chaque fois que je tombais. Les guides disent que cette ascension se fait de nuit car la vue de jour serait décourageante.

Après cinq heures dans un vent terrible, après avoir vomi de trop d’efforts une paire de fois, après avoir hésité à renoncer à chaque chute, après donc la plus dure nuit de mon existence, dont je passe volontairement tous les détails pénibles et émotions violentes, Johnson et moi arrivons au Stella Point, et à la vue du panneau, je m’écroule au sol, avec une seule envie, dormir.

DSC_0218

Les parcs nationaux nous félicitent par un panneau en forme de store. Est-ce qu’il y a un drapeau au Uhuru Peak, 200 mètres plus haut? J’ai du mal à croire que nous sommes à cette altitude. C’est comme toucher le fond de l’océan ou atteindre la lune. Mais je n’ai pas le cœur à faire des bonds comme Buzz Aldrin. Le soleil se lève sur le Mawenzi. Johnson fait quelques photos des alentours pour moi,  c’est beau à mourir. En parlant de ça, mon état me fait peur, je n’ai jamais été si faible.

« On continue ou on arrête là? me dit mon guide. Sa voix ne reflète aucune opinion sur la décision à prendre. C’est à moi de parler.

– Combien de temps jusqu’au sommet?

– 3/4 d’heure pour le Uhuru Peak.

Je réfléchis. S’il me dit ça, c’est que c’est un peu plus. J’ai appris à interpréter ses informations. C’est un bon guide, il sait qu’il faut parfois minimiser, parfois grossir les difficultés.

-Combien pour redescendre au campement?

– Deux heures. Mais une fois au camp on se repose deux heures et on descend encore. Il ne faut pas rester trop longtemps en altitude.

Je ne réfléchis plus.

-On descend.

-Sûre?

– 5739 mètres, c’est assez pour moi. »

Et puis d’ici, on voit déjà un bout du glacier. C’est vraiment beau, mais je n’en peux plus. Je ne suis plus rien. Un tas de membres endoloris qui repousse de violentes vagues de fatigue. J’aimerais dormir sur place, mais Johnson me gronde.

« Quand on s’endort en haute montagne, on meurt. »

 Péniblement il m’aide à me relever, et constate que je ne tiens plus debout seule. Je sens qu’en me voyant à la lumière du petit jour, il commence à s’inquiéter. Alors que je ne suis plus tout à fait consciente de ce qui se passe, il entreprend de me donner un support. Il me soutient par dessous l’épaule et entame la descente.

Cette descente, ce n’est pas de la marche, c’est… une dégringolade qui se transforme en envol. Johnson a décidé de couper au plus court, c’est à dire par les flancs sablonneux. Nous nous mettons à glisser, puis en prenant de la vitesse, il me soulève littéralement  et, sous l’effet de l’altération de mon esprit engourdi, je me sens enfin légère et heureuse. Je suis devenue un chamois à deux têtes bondissant dans le soleil levant.

De cette façon, on ne met pas longtemps à atteindre le camp. Moins d’une heure je pense. Enfin le camp se dessine au loin, on ralentit, doucement, jusqu’à l’arrêt. Ma tente m’engloutit.

Cinq minutes après, Johnson me réveille.

« Stéphanie?

– Hmmm.

-On y va?

-Non.

-Si, allez, un thé et on y va.

-Non, j’ai dis non.

-Stéphanie?

-J’AI DIT NON, T’AS DIT DEUX HEURES, JE DORS DEUX HEURES, ET MERDE! »

En réalité j’avais déjà dormi deux heures. Il m’a laissé une heure de plus. Je pense qu’il était inquiet et préférait atteindre les 4000 mètres au plus vite.

Retour à une altitude décente

 Bien sûr après ce court repos  je n’ai pas récupéré, mais la perspective d’un lit ce soir me donne du baume au cœur. Le début de la marche n’est pas facile, mais après cette terrible épreuve, mon moral revient, en même temps que ma lucidité. Je constate que je n’étais plus moi-même. Il y a eu dissociation entre mon corps et mon esprit à plusieurs moments. L’altitude modifie l’organisme, et plus je descend, plus je me sens à nouveau en phase avec l’habitat qui m’entoure. Mon monde se trouve en dessous de 3000 mètres. Au delà c’est un univers post apocalyptique magnifique et effrayant.

La végétation surgit peu à peu, d’abord rare et hirsute puis plus fournie et accueillante; avec elle apparaissent les premiers insectes, enfin les oiseaux. La voie Mweka qu’on emprunte pour la descente prend des couleurs, renvoie des sons harmonieux et des parfums de broussailles séchées. Tiens, le paradis est en bas finalement.

DSC_0235

Voyant que je recommence à prendre des photos, Johnson me donne les noms des plantes et leur usage. La fatigue n’a pas d’emprise sur lui, je suis impressionnée. Et nous nous mettons à babiller.

DSC_0238

 Soudain, un camp est en vue.

« C’est le Mweka camp, 3100 mètres. On va s’arrêter se reposer. Sawa?

– Sawa. »

Lorsqu’on arrive au camp, je vois le cuisinier et les porteurs qui déjeunent. Leur tente est montée; à côté, la mienne.

« Mais! Johnson, on s’arrête jusqu’à demain, c’est ça le plan?

-Oui, tu vas pouvoir reprendre des forces. »

Je devrais me réjouir de n’avoir marché que trois heures depuis mon réveil. Pourtant je suis ébranlée par la nouvelle. Une idée fixe ne me quitte plus: dormir dans un lit ce soir.

« Johnson, combien de marche jusqu’en bas?

-On n’aura que trois heures demain matin.

– Alors désolée que vous ayez monté les tentes, mais on continue. »

Toute l’équipe me regarde complètement incrédule. Je les inspecte pour voir si je ne demande pas un effort surhumain, mais tout le monde a l’air en forme. Ils n’ont pas fait l’ascension de nuit, eux. Seul mon guide pourrait protester, mais au lieu de cela, il mâchouille un brin d’herbe et me dit d’un air amusé:

« Ok patronne, comme tu veux. Hakuna matata.! »

Un déjeuner frugal, et on repart.

J’entre dans la forêt vierge aux lianes de mousse comme dans un bain chaud. Les arbres immenses qui frangent le sentier sont de bienveillants gardiens des espèces qui s’y cachent. Je me sens heureuse et réconfortée d’être entourée de toutes ces formes de vie. Le parfait biotope. Et je bénis les parcs nationaux qui préservent l’environnement contre la déforestation qui sévit plus bas.

DSC_0240

Les porteurs nous dépassent en riant. Je crois qu’ils sont assez contents de faire cinq jours au lieu de six. Ils rejoindront leur famille plus tôt. Le soir Ally me dira que, les ayant payés d’avance pour six jours, ils auront demain un jour de congé payé!

Voici les deux magnifiques rencontres surprises de cette fin d’ascension.

DSC_0246

DSC_0251

Les singes colobes guereza vivent à la cime des arbres. Ceux-ci nous observent silencieusement tandis que nous passons dessous. C’est un toujours un bonheur de voir dans leur milieu naturel des animaux qu’on n’a jamais vu qu’au zoo!

Petit calcul mental: 10h+6h+3h+3h= 22h de marche depuis hier matin… A la porte du parc, on me dit d’aller chercher mon diplôme au bureau. Un employé remplit les champs libres.

« Vous avez atteint un sommet?

-Oui le Stella Point, dis-je d’un air coupable.

-C’est déjà pas mal mademoiselle. Nos félicitations. »

J’ai un peu peur qu’Ally soit décu que je n’ai pas atteint le Uhuru Peak. Mais à mon retour à Moshi, il m’accueille chaleureusement. Il me félicite aussi, et me fait la surprise d’un grand dîner préparé par Samweli et sa femme (son bras droit et cuisinier principal). Il a dû l’organiser vite puisque mon retour n’était prévu que demain!

Et contre toute attente, ce soir-là, je n’ai pas envie d’aller me coucher, et je dévore tous les plats avec un appétit vorace. Oui vraiment, l’altitude, ça vous change un homme.

Jour 13: En route pour Machame Camp

Brume matinale

Ce matin au bureau de l’agence, j’embarque dans la voiture qui va nous amener au début du trek, et je fais connaissance avec Johnson mon guide, le cuisinier et les porteurs.

Les portes du parc national d’où partent les différents chemins menant au sommet sont assez distantes les unes des autres, toutes situées sur le versant sud du massif.

les routes du massif

les routes du massif

Nous partons de la Machame, à 40mn de Moshi, réputée pour être celle d’où l’on profite des meilleurs panoramas. La traversée de plusieurs villages chaggas après les grandes plantations de café nous amènent à 1800 mètres d’altitude, dans un épais nuage de brume qui rend l’air humide et froid. Quelques babouins traînent autour des trekkeurs qui prennent une collation en attendant que leur équipe soit prête.

on n'y voit goutte!

on n’y voit goutte!

Les guides et les porteurs sont innombrables. Pour un groupe de dix trekkeurs, il faut vingt porteurs et cinq guides ou assistants guides… une longue file d’attente se met en place derrière un monsieur qui semble être un officiel du parc. C’est la pesée des sacs. Les porteurs ont droit à 20kg maximum. Quand on pense qu’il fut un temps, il n’y avait pas de limite de poids!  A la fin des formalités, nous nous rendons au « starting point », départ officiel de la voie Machame.

Contente d'être là!

Contente d’être là!

Dans la forêt équatoriale

L’entrée dans la forêt m’impressionne beaucoup. La végétation est luxuriante, les arbres immenses. Petit à petit la brume se dégage et le soleil filtre timidement entre les branches des gigantesques macarangas et acacias albizia. En grande forme, les marcheurs ont envie d’aller d’un bon pas; mais les guides, souriants, lancent de temps en temps leurs traditionnels « pole pole! » qui incitent à ralentir. Cette prétendue nonchalance est en réalité la voix de l’expérience. Le pas que nous adoptons les premières heures sera le même pendant cinq jours, quel que soit le dénivelé et l’état de fatigue. Autant qu’il soit le plus lent possible!

Au dessus de nos têtes, les oiseaux se taisent aux heures chaudes et reprennent leur concert en fin d’après midi. Difficile de les apercevoir. Mais soudain une queue blanche en panache apparaît dans les branches basses: un, puis deux colobes guéreza nous observent prudemment. C’est toujours une  joie de voir des singes dans leur habitat naturel. Cette espèce a été chassée pour sa belle fourrure noire et blanche mais aujourd’hui, vivant dans des espaces protégés, elle n’est plus en danger d’extinction. Et sur les pentes du Kilimandjaro, les prédateurs se font rare. Quelques léopards peut-être…

le colobe guereza

le colobe guereza

Dans la forêt, il y a de jolies petites fleurs endémiques nommées Impatiens Kilimanjari;  j’aime bien l’idée qu’on n’en trouve nulle part ailleurs, c’est ce qui rend un voyage particulier, unique; beaucoup de marcheurs passent sans les voir. Johnson me dit que ce sont généralement plutôt les Japonais qui s’intéressent de près à la botanique, un peu les Allemands aussi. Les guides ont toujours des commentaires sur les comportements des touristes selon leur nationalité. Il y a souvent du vrai!

Impatiens Kilimanjari

Impatiens Kilimanjari

 

Alors que le soleil commence à décliner, nous sortons peu à peu de la forêt. Le sol devient plus acide et se couvre de mousses et de bruyères arborescentes, c’est la lande qui annonce la proximité du campement. Au détour d’un bosquet, une petite pause nous permet de profiter d’une première apparition claire du sommet, comme une promesse de récompense pour les efforts à venir. Qu’il paraît loin! En fait, il l’est encore plus…

 

le profil du monstre

le profil du monstre

 

Lorsque la rumeur du campement se présente à nos oreilles, je ne me sens même pas fatiguée. Johnson m’annonce l’altitude: 3000 mètres. Voilà, je n’étais encore jamais allée si haut. La ligne bleue des Vosges, les tartes aux myrtilles, la luge de mon enfance m’ont habituée à une montagne au caractère doux et vivifiant; j’ai l’impression que je vais me sentir toute petite à partir de maintenant.

Après le repas, le sommeil tombe sur mes paupières aussi brusquement que la nuit sur l’équateur. Une dernière précaution avant de me coucher m’amène nez à nez avec un félin aux yeux incandescents, dont la stupeur cède en un instant à  l’instinct de fuite. Qu’était-ce donc? Pour moi, un serval. Pour mon guide, un gros chat; un peu vexée de ce manque d’émerveillement, je veux lui assurer que non, ce n’était pas un gros chat mais bien un grand félin… c’est alors que je me rends compte du malentendu. « No, it wasn’t a big cat, it was a… big cat… » Bon, on est d’accord, c’était un gros fauve!

 

L’équipement pour le Kilimanjaro

Pour commencer

Pour commencer il vous faut… non, pour commencer il faut rectifier une idée reçue: le Kilimanjaro n’est pas au Kenya! Il appartient à la Tanzanie et toutes les voies partent de la Tanzanie.

En 1886, l’Empire allemand a repoussé les Britanniques au nord et leur a donné Mombasa en compensation. Ainsi a été dessinée la première frontière non naturelle entre le Kenya et la Tanzanie.

Alors on arrête de donner la montagne au Kenya sinon on rend Mombasa à la Tanzanie.

Voilà qui est fait.

1886 - source Wikipédia

1886 – source Wikipédia

Donc pour commencer il faut un grand sac à dos et un petit. Le grand sera porté par un porteur, attention à ne pas dépasser les 20kg règlementaires; si vous le pouvez, n’hésitez pas à réduire à moins de 15kg pour alléger le pauvre garçon! Je dis garçon, ou la fille, il y a 9 filles actuellement parmi les porteurs du Kilimanjaro, et le poids règlementaire est le même pour elles.

Vous porterez votre petit sac la journée avec à l’intérieur votre lunch et vos petites affaires indispensables à portée de main: veste de pluie, barres  énergétiques, appareil photo…

La grande question des pourboires 

KINAPA, Kilimanjaro National Park indique les recommandations suivantes (tarif pour un groupe de randonneurs):

20$ par jour pour le guide

15$ par jour pour le cuisinier

10$ par jour par porteur

Ici le site officiel des parcs nationaux de Tanzanie

Mais en fait, les pourboires compensent surtout des salaires très bas. Donc à vous d’oser demander combien sont payés les porteurs, et choisir une agence qui respecte ses employés (attention ça ne court pas les rues, même chez les très connues).

Bonne nouvelle, si vous passez par Tumbili, les pourboires sont intégrés au tarif. Pourquoi? Parce que nous passons par une agence, Osiwoo Safaris, qui rémunère son personnel de façon équitable, selon les recommandations de l’association KPAP (Kilimanjaro Porters Assistance Projet).

Petit inventaire de l’équipement

Voici une liste des meilleurs blogs qui proposent de vous aider à penser à tout l’équipement nécessaire pour l’ascension du Kilimanjaro.

L’excellente  liste de « Camp de Base », un trekkeur accompli.

Le super site de Xander, avec remarques post-Kili sur le matériel utilisé

Un blog à découvrir, et pas que pour le Kili

Une version en anglais, pour apprendre à nommer son équipement!

Si vous en connaissez qui méritent d’être ajoutés à la liste, envoyez un petit message!

Bien emmitoufflé, vite en mouffle émis, sommet garanti!

Bien emmitoufflé, vite en mouffle mis, sommet garanti!

Un bon matériel optimise grandement les chances d’atteindre le sommet.

A la fin si vous avez du matériel usé, des vêtements que vous pensez renouveler avant votre prochain trek, n’hésitez pas à donner des choses aux porteurs qui n’ont pas les moyens d’un équipement dernier cri. Et si vous en avez la possibilité, vérifiez qui sont vos porteurs, comment ils sont équipés (voire ce qu’ils mangent en trek), parfois les agences les laissent monter avec des vêtements inappropriés. Il y a pourtant l’association des porteurs KPAP qui prête des vêtements et du matériel à ceux qui ne peuvent pas se le payer.

Parés pour l’ascension? C’est parti!

 

Jour 7: le départ en safari

Le Parc du Lac Manyara

Le chauffeur, Idir, charge les vivres sur le toit. Suleiman, notre cuisinier, est parti chercher les lunch box pour midi. Ally vérifie le nombre de paires de jumelles, les papiers du véhicule. Les Allemandes avec qui je vais partager le 4×4, Verena et Linda sont souriantes et calmes. Comment font-elles? Je suis surexcitée, difficile de ne pas le montrer!

Partir de Moshi a un avantage considérable si le temps est clair: On commence le voyage avec une vue splendide sur le Kilimanjaro. J’ai du mal à en détacher le regard, il est là, enfin, nu, sans même sa petite couronne de nuages, très net pour une fois. C’est une merveille du monde.

A Arusha, c’est le Mont Meru qui domine, mais nous le quittons sans regret car la route de Babati s’ouvre à nous, et cette fois, pas pour aller à Ndareda, mais bien pour pénétrer dans les parcs nationaux.

Après 3h30 de route nous entrons dans le Parc du Lac Manyara. La forêt est dense, on scrute à travers les arbres. Les mouches tsé-tsé ne se font pas prier. On ne sait pas à quoi s’attendre finalement. Est-ce que l’on ne va pouvoir apercevoir que des animaux de très loin? Soudain le chauffeur ralentit… un petit dik-dik immobile à la lisière du bois retient son souffle. Ca y est, c’est notre première rencontre avec un animal sauvage d’Afrique de l’est!

On s’attend à ce rythme pour la suite: quinze minutes à scruter, puis un animal caché derrière un arbre. Mais on réalise qu’il n’y a pas de règle quand un éléphant casse une branche bruyamment à 10 mètres de nous et sort de la forêt en direction de la savane. Surprise! Un petit surgit lui aussi et rattrape sa maman. Les premiers éléphants, on les suit doucement, et on les regarde longtemps…

culd'éléphant

Cet après midi au Lac Manyara, nous voyons des zèbres, gnous, gazelles, buffles, des éléphants, girafes, phacochères. Quelle joie à chaque nouvelle espèce! Il y a un endroit où l’on peut descendre du véhicule pour se dégourdir les jambes en observant aux jumelles les milliers d’oiseaux du lac. Pélicans, flamands, ibis, cigognes, grues, marabouts, il paraît que 400 espèces y cohabitent.

Vers 17h30, il faut sortir du parc; les règles du TANAPA (Tanzanian National Parcs) sont très strictes. Les voyageurs doivent être à l’hôtel avant la nuit, et celle-ci tombe tôt!

Nous passons la soirée au dans un petit hotel de Mto wa Mbu. Notre cuisinier nous fait un repas excellent, et nous sert à table avec une grande classe, en annonçant le menu, puis en présentant chaque plat qu’il amène.

Trop fatigués pour profiter de la piscine, je m’endors en rêvant à nos futures rencontres… les lions n’étaient pas au rendez-vous aujourd’hui, mais sur cinq jours, j’ai bon espoir…

Jours 4-6: Reprendre ses marques à Moshi

Moshi town

Moshi est une petite ville, et j’aime bien m’y promener toute seule, malgré la surprotection dont Ally fait preuve. Il souhaite que je ne me fasse pas ennuyer par les flycaughters, mais ces petits jeunes ne me dérangent pas. Ils vous emboîtent le pas, échangent quelques mots, et quand ils comprennent que je ne suis pas cliente, ils me laissent. Au pire, je leur lance gentiment un petit:  » Samahani, niache mwenyewe » (« excuse-moi, mais laisse moi tranquille »). Au bout de quelques jours, tout le monde me reconnait et cesse de me coller.

Petit à petit, j’insiste auprès d’Ally pour vivre le quotidien comme lui. Fini le taxi, je me mets au « piki-piki », le taxi moto, moins cher… plus dangereux. Il faut bien choisir son chauffeur, car parfois les bouteilles de Konyagi sont ouvertes un peu trop tôt!

Le Konyagi est un alcool local à 35 degrés. La distillerie se situe à Moshi. Il se boit volontiers avec du Sprite ou du jus de fruit.

Le soir, nous allons au « Glacier », un endroit qui ressemble à une discothèque mais en plein air. Il y a un concours de danse, et c’est étonnant de voir à quel point les gens se lancent sans complexe pour participer et se trémoussent comme des diables dans une bonne humeur générale.

Le lendemain, journée de bureau. La matinée commence bien, le Kilimandjaro se dévoile, tout en restant un peu lointain.

Timide Kilimanjaro

Timide Kilimandjaro

Au bureau, il y a quelques demandes de devis en français qui vont bien m’occuper ces prochains jours. J’en profite aussi pour visiter quelques hôtels de Moshi, histoire de voir dans quels endroits on envoie nos clients quand ils arrivent. Pendant les pauses, je vais voir les couturières de la rue, dont Irene qui me tombe dans les bras en riant; je leur commande quelques robes, et de nouveaux rideaux pour le bureau, en essayant de faire travailler un peu tout le monde.

La mama qui coud devant Hotsun Safaris.

La mama qui coud devant l’agence

Les jours passent vite ainsi, et le départ en safari se rapproche. Les deux jeunes allemandes avec qui je vais partir arrivent à l’aéroport:  j’accompagne Ally qui vient leur souhaiter la bienvenue et les ramener en ville. Nous attendons longtemps, elles ont leurs visas à faire en arrivant. Des gens de toutes nationalités débarquent dans le hall, attendus par leurs guides qui tiennent des panneaux où sont inscrits leurs noms. Tiens, quelques groupes sont arrivés avant leurs guides et s’impatientent, voilà qui n’est pas très professionnel de la part des agences… « Cela arrive souvent, me dit Ally. Moi je suis plutôt une heure en avance, pas question de laisser un voyageur en plan, imagine sa panique! »

Linda et Verena s’approchent. Elles ont un grand sourire en nous saluant.  Nous les emmenons  dans  un charmant B&B avec cour intérieure, loin des bruits de la ville. Après un petit briefing sur l’heure de départ, ce qu’il faut emporter pour le camping, etc, nous rentrons à Pasoa pour nous reposer et à notre tour faire nos bagages.

Demain, je réalise un rêve. Est-ce que ce sera à la hauteur de mes attentes?