J 1-2: Nairobi, condensé d’émotions

Daphné Sheldrick

En arrivant au Kenya je retrouve Stanlee, mon ami Tanzanien qui m’a accueilli lors de mon premier voyage il y a six ans et qui m’a présenté la première agence avec qui j’ai travaillé. Celui qui n’a pas lâché ma main quand mon père est décédé. Nous allons faire un road trip d’un mois ensemble à la recherche de nouveaux partenaires et de nouveaux lieux hors des sentiers battus à intégrer aux circuits de Tumbili.

En commençant par Nairobi. Je les avais oublié et les retrouve avec émotion: les grands marabouts perchés sur les arbres le long des grandes avenues.

Après une rencontre très intéressante avec les membres de KECOBAT, le Kenyan Community Based Tourism, autrement dit le programme de tourisme solidaire du Kenya, Leboo, notre partenaire au Kenya, nous conduit à la fondation David Sheldrick pour la visite de l’orphelinat des éléphants.

J’avoue, je suis submergée par l’émotion. J’ai apporté un livre pour ce voyage comme pour chacun des précédents (Out of Africa pour le premier en 2011). Cette année c’est « Une histoire d’amour africaine », soit l’autobiographie de Daphné Sheldrick, qui a fondé avec son mari David (lui-même fondateur du parc national de Tsavo) cet orphelinat pour éléphanteaux et petits rhinocéros. Vous l’avez peut-être déjà vue dans un documentaire très connu, où l’on voit les éléphants jouer au foot autour de cette vieille et noble dame.

 Les Keepers, les gardiens sont en place avec la cargaison de biberon et les petits ne sont pas longs à arriver. C’est un lait très spécial, bourré de vitamines pour remplacer celui de la maman. Les éléphants de moins de deux ans sont condamnés s’ils n’ont plus le lait maternel. Tous ces petits sont en deuil, et comme on le sait aujourd’hui, ce sont des êtres à la mémoire fabuleuse, les évènements tragiques les traumatisent particulièrement.

Quelques bousculades plus tard, ils ont bu leur biberon et un gardien prend un micro pour nous présenter la fondation et chacun des petits. Ils s’approchent de nous et se baignent dans le bassin central. On voit bien certaines blessures, comme celui-ci dont la trompe cicatrise lentement.

Certains sont blessés par des hommes lors de conflits homme-animaux liés à l’exploitation du sol et le partage du territoire, certains tombent dans des puits creusés très profonds par l’homme pour trouver de l’eau, certains sont victimes du braconnage et ont perdu tous leurs parents.

L’orphelinat n’est ouvert au public que de 11h à midi chaque jour. On peut parrainer un éléphant et avoir le privilège de venir le voir à un autre moment sur rendez-vous en groupe restreint.

C’est frappant de voir la douceur des gardiens, le respect qu’ils ont pour leurs protégés est palpable. C’est un très beau moment d’assister à ces relations privilégiées. Un jour pourtant, les petits seront prêts à être relâchés dans la nature, et malgré la tristesse de la séparation, les gardiens seront heureux d’avoir sauvé et réhabilité leur grand ami de la savane.

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Jour 5: le dimanche à Nairobi

Matin chrétien

Après la messe

Je ne suis pas une mordue des rites religieux, mais je me dis que voir une messe africaine ça vaut peut-être le détour. Georges enfile un T shirt  et Eunice se pomponne comme pour aller au bal. l m’annoncent qu’on va un peu plus loin qu’à leur habitude, dans le nord, car c’est un service où l’on chante!

tout un orchestre

Effectivement, je ne suis pas déçue: il y a trois choristes qui répandent vraiment la joie grâce à leur gospel, et un prêcheur avec un projecteur à diapo qui montre des images des Simpsons pour illustrer l’évangile. Rien à envier à nos traînants et lugubres chants liturgiques écorchés par de vieilles sopranos chevrotantes. (Si ça intéresse quelqu’un d’autre que moi, non, on ne dit pas « soprani » au pluriel, comme on ne dit pas un « confetto » ni des « risotti »)

En sortant je suis toute émue, j’ai beau tenter de le cacher, Georges affiche un large sourire de satisfaction. Ils sont contents que ça m’ait plu.

On passe devant un orphelinat d’éléphants, ça me dirait bien mais le prix d’entrée me rebute un peu. Je me dis que je le ferai au retour si jamais je n’en ai pas vu dans la brousse. J’ai un peu peur car mon budget est serré et en cinq jours j’ai dépensé presque la moitié… Bien sûr j’ai été généreuse avec mes hôtes, j’ai payé une bouteille de gaz, du vin, de l’essence, des médicaments…

Finalement je visiterai cet orphelinat (qui n’est autre que la Fondation Sheldrick ) 5 ans plus tard !

Du café et du sucre

Je demande à Georges si on peut aller voir une plantation de café. Ca me fait un peu rêver car je suis en train de lire « la ferme africaine », le roman dont est tiré

Les grains mûrs sont rouges!

« Out of Africa ». C’est une belle histoire, véridique, le témoignage d’une femme qui s’installe au Kenya  pour planter du café, de ses relations avec ses employés Kikuyus, avec ses voisins Maasaï, et avec les autres colons qui la trouvent « trop bonne avec ses nègres »!

Nous nous arrêtons au bord de la route, et j’entre dans la petite forêt de caféiers. Autour de moi, les voix des cueilleurs qui discutent et rient. Je ne me souviens plus de leur salaire journalier, mais il me semble que c’est moins d’un dollar…

A la ferme, Georges demande si l’on peut visiter. Le propriétaire n’est pas là, mais les employés veulent bien moyennant finances. Comme Eunice dit qu’elle va attendre dans la voiture, je dis non également. Je pense qu’elle fatigue un peu. Je ne verrai de cette ferme que le dehors, soit d’immenses tamis carrés pour trier les grains.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons boire un jus de canne frais; je trouve ça délicieux, et suis subjuguée par la machine à presser. A la manivelle, qu’il y va, le gars!

Pur sucre!

C’est mon dernier soir à Nairobi, même si je crois repasser par là au retour. Nous avons une discussion intéressante avec Georges:

« -Sincèrement, je t’ai dit que j’ai un budget serré. Alors dis-moi Georges, combien de dollars crois-tu que j’ai emmenés?

-Un tout petit budget, tu dis?

-Oui, tout petit. Sans compter le vol quand même.

-Je sais pas, 6000 dollars? »

6000 DOLLARS! Il croyait que j’avais un petit budget de 6000 dollars! Quand je lui dis que j’ai dix fois moins, il s’ inquiète un peu de la suite de mon voyage.

Il me reste 400 dollars. Ca fait une semaine que je suis en Afrique. Demain je pars pour trois semaines en Tanzanie. Le visa coûte 50 dollars. Ca va être chaud.

Jour 4: Nairobi Luna Park

On rit jaune quand on a mal au foie

Eunice se plaignait de maux dans la zone du foie, sans doute à cause de son traitement contre la malaria. Mais ce matin, elle est en pleine forme, et nous pensons toutes les deux que c’est grâce à mon remède. Comme le traitement anti-palu est lourd sur un mois, j’avais apporté du Desmodium pour soulager mon vieux foie qui a bien assez à faire avec la bière que je lui envoie. c’est à base d’argile, d’eau de mer filtrée, et de cette plante nommée desmodium.

Donc nous « brunchons » gaiement en évoquant des souvenirs d’enfance, quand Eunice se met à m’expliquer à quoi les enfants s’amusent au fin fond de la brousse. Je suis devenue verte je crois, et Eunice riait aux éclats sans comprendre ma sensibilité.

Mieux vaut pas voir ce qui suit…

Recette pour pas s’ennuyer au village des Luos:

Trouvez un sac solide. Attraper une portée de chatons. Mettez les dedans. Fermez le sac. Faites tournoyer vivement en riant très fort. Lancez le plus loin possible. Vérifiez la cuisson si vous en avez le courage: ouvrez le sac, et jetez « ce qu’il y a dedans » sur vos camarades pour rire.

Autre version: attachez le sac à une branche d’arbre, et frappez dessus avec un bâton…. non j’arrête ça me rend malade. J’ai expliqué à Eunice que je ne voulais pas les détails et que faire souffrir les animaux ne me faisaient pas beaucoup rire. Elle ne voyait pas trop ce qui me choquait, et répétait: « Mais on était petits! »

Ensuite elle m’a expliqué qu’elle rendait grâce à ses parents de l’avoir battue très fort pour qu’elle ne dévie pas du droit chemin. Waouh.

L’après-midi, je retourne avec Georges au centre ville. Que dis-je! J’emmène Georges au centre ville. C’est moi qui conduis! A droite! Une voiture anglaise! A Nairobi! Je ne sais pas comment on a survécu.

Attractions et répulsions

Au centre commercial, Georges va se faire cirer les chaussures. Moi je n’avais jamais vu ça avant. Faut dire que je n’ai pas beaucoup bourlingué.

le stand 6 sièges des cireurs

Ensuite on se rend au marché Maassai, il faut quand même que j’aille voir ça. Nous passons les grilles et un homme vient directement me « protéger », et essayer de me « faire faire de bonnes affaires ». Je me sens immédiatement très mal. Il nous suit partout, tout le temps, c’est très oppressant. Je demande à Georges s’il peut lui dire de nous lâcher, mais je vois qu’il n’ose pas. Je trace vers la sortie. J’ai eu le temps de voir de belles vieilles Maassais qui vendaient de beaux articles, mais tous ces types qui tournent autour pour faire leur marge, ça me fait fuir. Georges essaie de m’expliquer qu’il était de bonne foi et si j’avais pris plusieurs articles, il m’aurait obtenu un prix. Mouais. Et si j’ai envie de discuter moi-même avec les vendeuses?

Pauvre Georges, il trouve que les Européennes ont un sacré caractère! Il m’emmène au Luna Park, où nous rejoignons son cousin avec femme et enfants. On sirote nos Tusker, quand un homme en costard se dirige vers nous, nous serre la main chaleureusement et repart aussitôt. Georges est scotché: il s’agit d’un homme politique connu à Nairobi. Voilà son explication: Voyant qu’il y avait une Blanche à la table, il est venu serrer des paluches, car il a supposé que nous étions des gens importants!

LA bière kenyanne

Sur le chemin du retour, je demande à Georges si je peux prétendre être une femme importante. Par exemple, est-ce que je peux me faire passer pour la femme du ministre français des affaires étrangères? Selon Georges, je peux, personne ne va le mettre en doute. Même si je suis vêtue comme un sac? Oui, les Blanches peuvent se permettre de porter n’importe quoi, on les respecte…

J’ai bien envie de jouer à la dame importante, mais n’est-ce pas un peu immoral? Enfin, le simple fait d’imaginer des situations nous fait rire et me suffit.

Finalement, ce soir-là, on a mangé mon boeuf bourguignon… avec les doigts… et on entendait les mouches voler! Hmmmm…

Jour 3: Nairobi, city center

Acclimatation difficile

Ce matin j’accompagne Millie chez les marchands du coin. Dans le haut de la rue, il y a un petit croisement bordé de marchands et d’une mosquée; c’est là que s’arrête le matatu (bus 10 places) que nous avons pris hier (entassés à 18, ce n’est pas une légende!) Millie me propose de passer les commandes, mais je ne parviens pas à m’adresser aux marchands: je suis pétrifiée de timidité! Ca ne me ressemble pas, mais je crois que c’est la première fois que je me sens « l’étrangère ». J’ai comme peur des mauvaises intentions, des jugements méprisants.Plus tard je vais comprendre que les Wazungus (Blancs) ne sont pas détestés, mais juste un objet de curiosité, parfois de convoitise. Hé oui je suis loin de la xénophobie française!

troupeau de zébus à Langata

Sur le chemin du retour, on croise des vaches… à bosse… ah mais oui, je n’avais jamais vu de zébu!

En rentrant, Millie file faire du ménage, elle ne s’arrête jamais de faire briller. Dans la cour je rencontre une femme qui s’occupe de la lessive en habits du dimanche. Elle a trois bassines, met de l’eau partout et par terre c’est la gadoue. Je la fais rire en lui disant que chez nous, on met des tabliers ou de vieux vêtements pour ne pas se salir. Eunice m’explique que les employés doivent être bien habillés pour se présenter au travail.

Après le déjeuner, Georges m’emmène en ville; on commence par aller changer de l’argent au marché noir, c’est avantageux, mais seulement si on amène de grosses coupures (Mais c’est illégal, hein, je ne l’ai plus fait après !).

Ensuite nous fumons une cigarette dans la voiture, car en ville, c’est interdit!

Marabouts dans la pollution

Georges me montre un poteau avec un signe dessus: il est autorisé de fumer au pied du poteau, mais si l’on s’éloigne de plus d’un mètre, on peut prendre une amende. Mais c’est en plein air dans les deux cas! Georges aussi trouve ça absurde.

Au supermarché Nakumatt, j’achète de quoi faire un boeuf bourguignon demain; le vin est hors de prix. Je veux prendre la viande au marché couvert, où  je suis une fois de plus l’attraction parmi les marchands. Même au centre de la capitale!

Les embouteillages aux heures de pointe sont suffocants, l’odeur du gazoil me fait tourner la tête.

On est vendredi, c’est le jour du miraa. Georges m’emmène faire son rituel: il achète les tiges d’herbe qu’il va éplucher et mâcher toute la nuit; Eunice m’explique au retour que c’est comme un concentré de caféine, ça empêche de dormir; et tous les samedis matins, c’est grasse matinée pour les hommes!

bouquet de miraa

J’essaie le miraa; l’amertume est trop forte, j’ai les coins de la bouche qui tirent vers le bas! Au moins j’aurai goûté, et tant mieux si je n’aime pas, car même légère, ça reste une drogue. Au retour, on regarde un peu la télé: des sagas familiales espagnoles ou africaines où il est beaucoup question d’argent et de tromperies; je leur dis que ça ne vole pas plus haut chez nous… mais Eunice et Millie trouvent ça passionnant! Aïe!

Jour 2 : Nairobi, Langata

Engloutie à Nairobi

A l’aéroport Jomo Kenyatta, où j’attends mon hôte Eunice, je me rends vite compte que rien ne fonctionne comme en Europe. Je me dirige au bureau du tourisme pour obtenir un plan gratuit de Nairobi, un peu comme si j’étais à Vienne… apparemment on m’en offrira un avec plaisir si je prends le taxi avec telle compagnie. Toutes les trente secondes, quelqu’un m’aborde pour savoir si j’ai besoin d’un service, si quelqu’un vient me chercher, et je finis par me retrouver la dernière dans le hall, entourée d’autochtones flairant le gros pourboire, mais que fait donc Eunice?

Ah si j'avais un bon zoom!

Faire du couchsurfing toute seule à l’autre bout du monde, finalement est-ce bien prudent? Mais voilà qu’arrive une toute jeune fille de 19 ans, c’est Millie, la cousine qui habite en ce moment chez Eunice. Elle a retenu un taxi, super! Ca fera 25 dollars, pas super!

Finalement nous avons fait 1h30 de trajet en bus pour moins d’un euro, et j’ai pu voir le ventre de la ville grouiller à l’heure de pointe. Sur un poteau d’éclairage, je vois un immense oiseau sculpté, je trouve l’artiste un peu fou; quelques mètres plus loin, au centre d’un rond-point, il y en a des dizaines sur les branches d’un arbre. Soudain les œuvres s’animent et déploient leurs ailes de toute leur envergure: ce sont des marabouts! Je suis très impressionnée.

Je ne sais pas encore qu’avec les termites, ce sont les seuls animaux d’Afrique que je verrai pendant mon séjour!

le chemin de Kibera

Le bus nous recrache au croisement de deux chemins en terre battue, bordé d’échoppes et baraques qui vendent de tout en plein air. C’est Langata. Un peu plus loin  en contre bas on aperçoit le plus grand bidonville d’Afrique, Kibera. Il y a un siècle, c’était une vaste forêt…

Millie s’arrête pour acheter de quoi manger ce soir. J’observe… et moi, je vais y parvenir toute seule d’ici quelques jours? Avec mes 15 leçons de swahili derrière, je ne comprends pas un mot de ce que la vendeuse lui raconte. Eunice me dira plus tard que le swahili de Nairobi est plein d’argot, et je ferai moi-même la différence en Tanzanie.

Je m’aperçois soudain que TOUT LE MONDE me regarde, et je réalise que je suis la seule blanche dans le quartier. Je pique un fard et me dandine, Millie comprend et me ramène à la maison. J’ai honte d’avoir eu honte! Mais c’est la première fois que je vis cette situation.

Eunice & Georges

Eunice dans un drapé made in Tanzania

Eunice habite dans une petite maison toute bleue avec Georges. J’apprends qu’elle est malade, et voilà pourquoi elle n’est pas venue m’accueillir elle-même à l’aéroport. Elle est en train de se rétablir d’une forte crise de malaria qui l’a conduite à l’hôpital la semaine passée. Millie nous apporte un plateau de victuailles tout à fait « brittish » pour le « tea time », et repart faire un grand ménage, toute heureuse de sa dévotion. Je suis tombée dans une famille de la classe moyenne: Millie est étudiante, Eunice est cuisinière à l’ambassade du Canada, et Georges est courtier d’assurance.

18h:  les oiseaux piaillent comme s’ils étaient des millions, et le soleil se couche! J’en suis toute déboussolée. On est en juin! J’ai pas envie de me coucher!

J’apprends avec soulagement qu’on mange vers 21h. J’insiste auprès de Millie (elle m’envoie balader dix fois) pour aider à la cuisine, en lui faisant comprendre que ça me fait plaisir d’apprendre une recette. Eunice me préfère assise et oisive comme une invitée digne de ce nom, mais je crois qu’elle aime bien mon côté récalcitrante.

Au menu, ragoût de boeuf, riz et skumawiki (entre les épinards et le chou vert haché); au passage j’apprends pas mal de mots anglais relatifs à la cuisine, comme to stir = mélanger. Et un mot récurrent en swahili: sufuria, la casserole!

Dans mon lit je réalise… que je ne réalise pas. Mais je suis au Kenya, je suis au Kenya!

Jour 1 : Lyon – Nairobi

Comment Théodore m’a souhaité bon voyage:

Et comment j’en ai fait un dessin sur Paint! Plus jamais, c’est trop long!

17 juin 2011

     Endormie au-dessus de Bucarest, réveillée au-dessus de Bagdad, au très premier degré, je suis sur un nuage: sans la moindre volonté d’effet poétique, je m’étonne, parce que je n’ai pris l’avion que trois ou quatre fois auparavant, et juste pour traverser la Manche.

     J’écoute « Judgement Day  » de Jabu Khanyle, sur la playlist proposée par Qatar Airways. Sur l’écran tactile devant moi, je suis l’itinéraire de l’avion, un tracé sur une photo satellite, et je médite sur notre époque où tout va si vite. Que dirait Montaigne de ça, dans son « Art de Voyager » ?

      Survoler la péninsule arabique, c’est se sentir un nanorobot volant au-dessus d’une carte à puce de terre gris-jaune. Le littoral est découpé de la façon la moins naturelle, constellé de flammes de torchères; une route droite, unique, venue du désert s’engouffre dans la cité isolée et ses buildings immenses qui s’entassent au bord de l’océan. Un véritable symbole de l’ère du pétrole et ses gâchis.

     J’imagine un sage venu d’une autre galaxie qui me dirait par télépathie: « Ainsi votre espèce n’a pas su se fondre dans son milieu? N’avez-vous plus d’instinct? Ne vous prétendez-vous pas « évolués »?

– C’est que, honorable sage, nous n’avons pas de prédateur… ça monte à la tête!

– Vous avez renié vos responsabilités, vous étiez les gardiens de toutes les espèces, douces et fragiles, et de la beauté de votre monde. Craignez la fureur des éléments…

-Pardon maître de vous couper, mais une hôtesse me propose un plateau repas de cuisine indienne… »

7 h : étape à Doha, sous une moite fournaise, heureusement ce n’est pas ma destination finale…

Il y a plus de Chinois que d’Africains dans le vol pour Nairobi. Il y a tout un groupe d’hommes qui braillent et mastiquent la bouche ouverte, mais que vont-ils faire là-bas? Je  saurai bientôt que ce sont les big boss de la construction des routes, ponts et tunnels en Afrique. J’ai hâte d’être dans l’ambiance qui va avec mon voyage.

10h30: Je me suis réveillée à temps pour voir notre arrivée en Afrique, par l’extrémité de la corne. Depuis une trentaine de minutes, la terre vue du ciel change régulièrement d’aspect. J’y vois une peau plissée de vieux marin rongée par le sel; une myriade de vaisseaux terreux qui se divise à l’infini et dessine des éclairs de poudre noire; des monticules en coquilles d’huître laissant deviner les strates dues à l’érosion; ocre, brun, rouge, tachetée, striée, rayée, l’Afrique semble promettre comme un premier amour vierge et confiant; mais déjà j’entends le murmure monter, celui de paroles très anciennes et très simples, d’une langue oubliée. C’est l’enfance et la vieillesse qui me regardent d’en bas.

Et je songe, toute émue : « pourvu que cette terre ne me fasse pas écrire trop de mauvaise poésie! »

1. Et pourquoi en Tanzanie?

Question récurrente! Je bafouille toujours une réponse improbable, parce que, soyons honnête, je n’en sais rien.

« Pour la faune sauvage, les arbres, les tribus… parce que « Le Lion » de Kessel est une lecture d’enfance peut-être…

– Ben oui mais ça se passe au Kenya, alors pourquoi pas le Kenya?

-…

-Hein? Pourquoi en Tanzanie?

-Heu, Jules Verne aussi c’est un livre que j’aimais bien, il fait partir les héros de « Cinq semaines en ballon » de Zanzibar, et survoler la savane et le lac Victoria…

– Oui mais bon, ils survolent aussi le Tchad et ils atterrissent au Sénégal.

-Le tourisme en Tanzanie c’est moins cher qu’au Kenya…

-Non.

-Le Roi Lion ça se passe dans le Ngorongoro non?

– Ben tiens et comment tu peux savoir ça?

– C’est un truc que je sens, tu vois… le rocher de Mufasa, il domine une immense plaine, ça ne peut être que le fameux cratère… »

Bref, j’ai eu l’argument bancal mais à présent je sais quoi répondre:

C’est là qu’on parle l’authentique kiswahili, c’est donc l’idéal pour mon apprentissage de la langue.

Mais au fond, parfois, je crois qu’il n’y a pas d’autre explication qu’une envie profonde de partir pour une destination précise. Et d’y retourner!

En attendant,  voici mon expérience tanzanienne. N’hésitez pas à commenter mes posts, que vous connaissiez bien la Tanzanie ou que vous n’y ayez jamais mis l’orteil. Ca me fera plaisir!