J4 – Les adresses solidaires d’Arusha

The Shanga House

En voilà des beaux projets. The Shanga House, c’est un projet individuel né en 2007 avec les idées de Saskia Rechsteiner et soutenu depuis 2017 par la chaîne de lodges de luxe Elewana Collection. Une entreprise qui crée des emplois pour les personnes handicapées dans le domaine de la joaillerie (Shanga signifie « perle » en swahili), du verre soufflé, des accessoires en matériaux recyclés.On y trouve une forge, un atelier de souffleur de verre, des métiers à tisser, des machines à coudre, et l’énergie qui se dégage de cet endroit est étonnante. J’ai craqué pour les coussins éléphants en chemises recyclées ! 

Alors bien sûr, plutôt que de s’arrêter comme tout le monde au très très touristique Cultural Heritage Center qui ne soutient rien du tout et enrichit un déjà riche étranger, demandez à votre chauffeur de vous arrêter à la Shanga House, c’est situé dans l’enceinte de l’hôtel Arusha Coffee Lodge, au milieu des plantations de café de la sortie de la ville. C’est sur la route en rentrant de safari!

On a pris le temps de discuter avec Paul, un encadrant qui guide les visiteurs et présente les employés. En vidéo, Petite mise en scène pour nous ^^

Le centre de rééducation de Usa River et le café Tanz Hand’s

Comment on est tombé là-dessus? Au bord de la route Moshi-Arusha, une enseigne indique « Café Tanz Hand’s » et « Bakery ». Bakery, c’est boulangerie, et je peux vous dire que ça ne court pas les rues dans le coin. Donc on s’est arrêté, et là, oh merveille des merveilles, des brioches, du bon pain comme chez nous, des bretzels… des bretzels ???

Derrière cette petite échoppe, il y a un grand centre et un vaste projet. Il s’agit d’un centre de rééducation et de formation de l’église lutherienne du diocèse de Meru. Il est destiné également aux personnes handicapées qui souhaitent devenir autonome et obtenir des soins orthopédiques. Financé par l’église d’une part et par les revenus de la boulangerie et de la guesthouse, il permet à 70 jeunes gens de se former à la boulangerie, la couture, la charpente ou encore la serrurerie, tout en bénéficiant d’une rééducation suivie. Ils prodiguent aussi des conseils et des micro crédits aux familles des bénéficiaires.

Je vous invite à faire un stop pour acheter leurs délicieux pains et gateaux, c’est entre Arusha et la jonction de l’aéroport de Kilimanjaro, à Usa River appelé aussi « Maji ya Chai », l’eau du thé (pour sa rivière colorée par les sédiments). Soutenir en  faisant plaisir à ses papilles, c’est quand même un beau concept !

Demain, on reste dans le coin pour visiter le projet de mama Gladness. Stanley passe des coups de fils pour organiser les rencontres, il y a tout le temps des imprévus, des désistements, des retards, ça ne semble pas facile mais il parvient à suivre mon programme. Il y a quelque mois, quand je l’ai appelé en lui disant : « Stanley, j’ai besoin de toi, es-tu prêt à me suivre sur une tournée de repérages de Nairobi à Zanzibar? », on n’imaginait pas que cela tisserait des liens si forts entre nous. Au contraire, je l’ai prévenu: « Tu sais, après un mois ensemble on va peut-être se taper sur les nerfs! »

Il est le partenaire idéal car depuis longtemps il s’investit dans les causes solidaires, et comprend parfaitement ma démarche. Il me dit d’ailleurs que de toutes les agences et tour opérateurs qu’il connaît, personne ne s’investit autant dans la connaissance du pays et de ses habitants, dans la traçabilité des prestations et services, dans la recherche de compréhension des projets. Bon, s’il continue à me faire des compliments, on va peut-être très bien s’entendre !

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La Tanzanie change la vie!

Développer le voyage solidaire

C’est toute ma vie professionnelle qui a été bouleversée par ce pays. En recommandant d’abord mes rencontres tanzaniennes à des gens de mon entourage, puis à des lecteurs de mon blog, j’ai découvert avec surprise que j’étais faite pour organiser, conseiller, repérer, prospecter, sélectionner, et développer une activité autour du voyage avec des valeurs solidaires et équitables. J’ai acquis l’expertise du terrain, que ce soit de la connaissance des itinéraires, des saisons, de la faune sauvage, des ethnies, de la culture swahilie, mais aussi la connaissance approfondie du fonctionnement des agences de voyage locales, les tarifs pratiqués, les relations entre tous les acteurs du tourisme, la manière de traiter avec eux, en circuit court,  dans un objectif de tourisme équitable.

En cinq ans j’ai aidé des petites agences locales à avoir une visibilité parmi les voyageurs francophones, grâce aux bons commentaires des clients à leur retour, sur les forums des guides touristiques.

Danny, chauffeur et Thomas, guide francophone

Chaque année, je retourne en Tanzanie pour développer cette activité et accomplir les missions listées ci-dessous:

  • accompagner un groupe sur un séjour aventure
  • travailler avec mes partenaires locaux Osiwoo Safaris et Amo Zanzibar Tours
  • assurer un suivi avec les programmes de tourisme culturels comme celui de Mama Gladness à Tengeru
  • visiter des hôtels, contrôler leur qualité, rencontrer de nouveaux managers
  • tester des prestations, activités, repérer de nouveaux territoires
  • s’immerger dans la culture swahilie pour de meilleures relations inter culturelles
  • se réunir avec les guides francophones pour le bilan annuel

En 2016 ma propre association de voyage solidaire a vu le jour, TUMBILI.

Banderole Finale

Tumbili, expertise et solidarité

Mon objectif est de promouvoir le voyage utile, en soutenant des initiatives locales en Tanzanie et à Zanzibar. J’ai rencontré des acteurs locaux du changement, que ce soit dans le domaine de l’éducation, l’environnement, la santé ou la conservation animale. De petites associations créées par des natifs ou habitants du pays méritent qu’on les mette en lumière!

Pour exemple, voici Hamis.

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Il est né dans un village près de Moshi, à côté de la forêt de Rau. Il a grandi en voyant les villageois se servir en bois et décimer la diversité des espèces. Avec deux jeunes habitants du village, il a demandé au gouvernement l’autorisation de s’occuper de la gestion responsable de la forêt. Depuis, il fait des actions de sensibilisation auprès des écoles, afin d’éduquer à ne pas jeter les déchets dans la forêt; il organise des sorties naturalistes à la rencontre des colobes guereza et des oiseaux des rizières; il crée de l’emploi auprès des mamas du village en les sollicitant pour préparer les repas et héberger les voyageurs, il apprend aux villageois à privilégier la coupe d’espèces à pousse rapide et à prendre soin de la nurserie des petits arbres.

Tumbili propose que chaque ascension du Kilimanjaro réservée par un voyageur soit associée au soutien de l’association de Hamis. Au choix du voyageur, soit on reverse une somme correspondant à une journée d’éco tourisme avec Rau Ecotour, soit on s’accorde une journée pour la vivre!

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

La démarche a intéressé un prospecteur du Petit Futé, Jean Marc, qui est allé tester les services des agences locales lors d’une tournée en Tanzanie: et hop! Tumbili est référencé ici !

Ceci dit, il est temps de relater le merveilleux voyage de mai 2017, qui a suscité une profonde réflexion chez tous les collaborateurs de Tumbili et Hotsun, et a donné le jour à une nouvelle entreprise solidaire au pied du Mont Kilimanjaro: Osiwoo Safaris.

Il est à parier que bientôt ce nom sera connu du voyageur francophone, car il est l’étendard d’une équipe expérimentée, dynamique et engagée dans le soutien aux communautés locales.

Osiwoo safaris logo-1

J14: Machame-Shira Camp

Changement de décor

Réveil difficile. Des crampes intestinales étranglent mon enthousiasme. Au petit déjeuner, Johnson me lance de grands sourires et des mots encourageants qui me donnent l’élan pour se mettre en route. Je sens que la journée va être difficile.

La lande se fait plus rase, la bruyère arborescente cède le terrain aux immortelles à fleurs blanches et les lobelias font leur apparition.

bouquet d'immortelles

bouquet d’immortelles

lobelia et immortelles

lobelia et immortelles

J’avance lentement et multiplie les arrêts, pliée en deux par des contractions douloureuses; Johnson, patiemment, s’adosse à un rocher en mâchouillant des brins d’herbe. J’avance si lentement que nous observons les trekkeurs nous dépasser, tantôt un marcheur solitaire, tantôt un joyeux groupe aux accents germanique ou américain. Ils nous saluent courtoisement, comme on fait en montagne, et je laisse le soin à mon guide de répondre. En quelques minutes, l’écho des marcheurs disparaît, et je suis seule au monde avec mon guide, dans cette immensité silencieuse. J’ai de sérieux doutes sur le succès de mon entreprise.

Finalement, des récits d’ascension, il en foisonne sur les blogs. Je les ai lus, ils sont tous confiants, enthousiastes, et enfin vainqueurs et ravis. Pourquoi ça ne se passe pas comme ça pour moi? D’abord parce que je ne suis pas une sportive, et la haute montagne ne fait peur. Johnson ose soudain me faire part de sa réflexion:

« Ton mal vient de ta peur.

– Je n’ai pas peur.

– Tu as peur, tu l’as dit toi même. A cause des morts de la semaine dernière. A cause de l’inconnu au-dessus de 3000 mètres. Tu t’inquiètes trop. Ça va bien se passer.

– Qu’est-ce que je dois faire?

– Marche. »

Alors je marche, en essayant de prendre sur moi pour m’arrêter moins souvent. Johnson me fait boire beaucoup. Enfin il annonce la pause déjeuner. Je vois bien qu’il a changé d’attitude. Hier il me demandait régulièrement si j’avais faim, si je souhaitais faire une pause, mais aujourd’hui il prend les décisions sans me consulter. Je sens qu’il me prend en main et cela me soulage.

corvus albicollis

corvus albicollis

Quel silence. C’est en même temps agréable et inquiétant. Malgré leur apparence sinistre, je suis contente de la visite de corbeaux à nuque blanche. J’ai toujours aimé les corvidés. Ils ont l’œil aiguisé des rapaces-rois mais la robe humble de ceux qui préfèrent dissimuler leur intelligence. Leur cri appellent la mélancolie des novembres brumeux dans les champs en repos. Ici ils sont les maîtres, et nous de fragiles organismes bouleversés dans nos habitudes.

Nous sommes à une crête, et le paysage s’étend à n’en plus finir. Je demande à mon guide si notre destination est visible à l’horizon.

« Non, c’est encore derrière. Il faut repartir, pour ne pas arriver à la nuit. »

De ce début d’après midi au coucher du soleil, je n’ai plus de souvenir. Il me semble qu’à un moment, devant la difficulté de la situation, j’ai dû mettre mon esprit en veille, et me contenter de mettre un pas devant l’autre, puis l’autre, puis l’autre. Dernière arrivée au camp, je me suis immédiatement endormie dans la tente déjà montée depuis longtemps par les porteurs qui nous devançaient. Une paire d’heure plus tard, j’ai pu encore échanger quelques histoires avec les porteurs, mais comme l’apparition du sommeil à 3800 mètres est brusque et sans appel!

Au lieu des six heures habituelles pour parcourir la distance entre le Machame et le Shira Camp, j’en ai mis neuf…

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Un regard inquisiteur

Jour 11: Rencontre avec les Maasaïs

La boma Olerien

Voici le récit de mon premier contact avec un village Maasai, c’était très court, à peine une heure, et c’est ce que proposent bon nombre d’agences. Aujourd’hui avec Tumbili nous privilégions la durée, pas de visite éclair d’une heure, on y passe au moins la nuit.

Au milieu d’une plaine sèche, avec les montagnes en fond, se dresse une palissade épineuse qui entoure le village ou « boma ». Ally descend de la jeep en premier pour aller saluer les responsables du village et négocier le prix de la visite. Il y a un petit remue-ménage, car les femmes vont chercher les costumes d’apparat et les bijoux, pour nous accueillir comme il se doit. La plupart des hommes sont en train de faire paître les troupeaux assez loin dans la plaine, mais quelques vieillards et jeunes garçons se joignent aux femmes qui se placent en ligne. Je filme alors que les deux allemandes que j’accompagne sont happées dans le rang par une vieille dame. Les chants s’élèvent, mélodie nasale en langue Maa, rythmée par les sons gutturaux des hommes. Les femmes secouent leurs larges colliers de perles d’un mouvement circulaire des épaules et quelques hommes s’essaient en rigolant à des sauts caractéristiques de leur ethnie.

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Chants de bienvenue à la boma Olerien

On me demande souvent si tout ça n’est pas du folklore pour touristes. On veut aller dans des endroits « authentiques ».

Ce à quoi je réponds:

-que c’est bien du folklore au sens premier du terme, soit des traditions et croyances ancestrales populaires transmises d’une génération à l’autre.

-qu’on est bien des touristes au sens premier du terme, soit des gens qui voyagent pour leur agrément, ce qui n’empêche de s’intéresser et respecter la culture locale.

– que ces endroits sont authentiques, c’est à dire qu’ils vivent avec leur temps et face à la possibilité de gagner un peu leur vie avec le tourisme, ils accueillent de temps en temps des Wazungus (Blancs) en quête d’aventure.

Maintenant c’est vrai qu’il existe un village très célèbre qui a été déplacé sur la route des Parcs pour faciliter l’accès des touristes, et devant cette boma, il y a souvent une dizaine, une vingtaine de 4×4 garés… Là, nous, on n’y va pas. On travaille avec deux villages bien choisis, un peu cachés, et on ne leur rend pas visite tous les jours: la boma Olerien et la boma de Laiza.

Il faut juste, quand on voyage, s’assurer qu’on respecte la culture, l’ecosystème, un mode de voyage doux, le développement durable, enfin ça me paraît évident mais ça ne l’est pas toujours. Qui avant de partir, s’interroge sur l’impact du tourisme à l’endroit où il va?

Les garçons du village

Les garçons du village

Les Maasaïs de la boma Olerien restent pour la plupart des pasteurs mais certains jeunes vont à l’école, et poursuivent en grandissant un parcours scolaire à Mto wa Mbu, où ils ont accès au monde moderne. Ne vous offusquez donc pas si un Maasaï du village vous demande votre Facebook!

De nombreux Maasaïs vivent en ville de nos jours, mais beaucoup subissent le chômage. Ceux qui sont employés pour la sécurité des hotels de Zanzibar s’en sortent bien.

Pourquoi ont-ils quitté leur vie de pastoralisme? Pas de gaité de cœur. D’abord créer des réserves naturelles au Kenya les a chassés de leurs terres ancestrales, eux qui n’ont pas de notion de frontière  se sont fait déposséder de leurs seuls biens et ont migré en masse vers le sud, c’est à dire la Tanzanie.

Oui les parcs étaient nécessaires pour protéger la biodiversité

Non on n’a pas pensé à l’époque à intégrer les tribus dans le programme

Oui depuis on a redonné des terres aux Maasaïs, ailleurs.

Non elles n’étaient pas libres, on les a prises à d’autres.

La réalité des Maasais aujourd’hui est multiple, selon l’emplacement du village. Ceux qui vivent près du volcan Lengai n’ont pas la même vie que ceux de la steppe au sud d’Arusha.

Alors, aller voir les Maasaïs et cultiver un tourisme voyeur ? Ne pas y aller, ne pas acheter leurs bijoux, ne plus apporter l’argent du tourisme et les laisser sans aide?Enfin, c’est aussi leur choix de montrer leur vie aux voyageurs, de quel droit on va boycotter ça? Sommes nous les gardiens de la morale universelle?

Je pense que la gangrène du voyageur, c’est sa culpabilité post coloniale. Je pense qu’il faut réfléchir son voyage, comme un acte responsable et aux conséquences multiples. Privilégier les conséquences positives!

Les gouvernements ont aussi essayé de les sédentariser, mais ce n’est pas un peuple d’agriculteurs… Puis par dessus tout ils ont subi de grandes sécheresses et le manque d’eau a fait périr leurs troupeaux. Aujourd’hui au Ngorongoro, d’autres menaces pèsent sur ce peuple: on les expulse maintenant pour délimiter des réserves de chasse, soit pour quelques millionnaires en quête de trophées de lions, comme aux temps coloniaux, eh oui. Vous pouvez signer une pétition ici avec Avaaz adressée au président tanzanien Kikwete.

Quel avenir?

Quel avenir?

Après les chants, un homme nous emmène faire le tour du village et nous visitons une hutte. L’intérieur est très sombre, seules de toutes petites ouvertures laissent passer le jour.

le foyer dans la hutte

le foyer dans la hutte

La hutte est construite en bouse de zebu séchée sur des armatures de bois. Elle est composée d’une pièce pour le foyer et les nattes de couchage, une pour les bêtes, une pour parler avec les invités.

Mrembo ndogo

Mrembo ndogo

Entre temps, les femmes ont installé des tréteaux et disposé sur des nattes les bijoux qu’elles vendent. J’en prends quelques uns, consciente qu’elles comptent beaucoup là-dessus et j’ai envie de leur faire plaisir.

étals de bijoux

étals de bijoux

C’est incroyable, elles ont TOUT sorti, alors que nous ne sommes que trois jeunes clientes potentielles. Elles sont très gentilles et souriantes, je ne sens pas l’angoisse de ne pas vendre comme cela arrive parfois. Elles baissent les prix volontiers. Alors on achète volontiers. 4000Tsh le bracelet en cuivre, soit moins de 2 euros. Tous ces visages magnifiques me donneraient envie de tout acheter.

Mrembo Kubwa

Mrembo Kubwa

Mrembo nyingine

Mrembo nyingine

Avant de partir, je tire quelques portraits des jeunes guerriers et des enfants. Quand je reviendrai, je leur apporterai les clichés développés.

Babu Maasaï

Babu Maasaï

Jeune guerrier

Jeune guerrier

Allez, kwa heri les enfants. Mais il joue avec quoi ce petiot-là? Ah oui, c’est bien un long couteau… soupir… on ne vit pas dans le même monde, c’est sûr.

les petits guerriers!

les petits guerriers!

un coquin!

un coquin!

Depuis ma rencontre avec les Maasaïs, j’ai appris que des villages commencent à abolir le rite de l’excision pour le passage à l’âge adulte des femmes, et je m’en réjouis. Il y a un village dans la région de Monduli, qui remplace cet acte barbare par une petite entaille symbolique sur les cuisses, et les femmes sont très heureuses d’avoir une meilleure vie sexuelle! Ce village là est réputé maintenant, et soutenu par une NGO.

Un documentaire sur le sujet: http://milatu.over-blog.com/

 

Jour 9: La chasse

Lourde perte

Avant de continuer le récit, je dois faire une parenthèse.

Où sont les magnifiques photos d’animaux et de paysages que j’ai ramenés de mon safari? Sur ma carte mémoire de 8 Go qui doit traîner sous une couche de terre entre les toilettes et la porte du Parc du Tarangire.

Le matin du dernier jour, devant la boma des Maasaïs, j’ai changé la carte mémoire qui était pleine. Je l’ai mise dans ma poche en me disant que c’était le meilleur endroit pour la perdre. Puis dans le feu de l’action , je n’y ai plus pensé jusqu’au soir. Je ne l’ai jamais retrouvée. Ally a même téléphoné à la boma, tous les enfants Maasaïs ont cherché pendant des heures autour du village. J’ai dû la perdre plus tard, au Tarangire. Idir a retourné le 4×4. J’ai perdu 500 photos et plans vidéo.

Je ne m’en suis pas encore remise, alors que ceux qui souhaitent de belles photos de safari, aillent donc sur un des innombrables blogs de voyage qui n’accorde au texte qu’une fonction de légende pour les photos hyper nettes parce que l’auteur s’est payé, en plus d’un safari privé, le plus gros zoom qui existe sur le dernier Canon ah non pardon Nikon et gnagnagni et gnagnagna…

On respire… on continue.

J’avais écrit ça au retour, mais depuis, j’y suis retournée trois fois, et sur ce blog il y a de belles photos de safaris parce que à force, on finit par acheter un gros zoom, puis à force, on finit par ne plus prendre de photos et profiter de l’instant 🙂

Full day game drive au Serengeti

Ce matin, on quitte le camp à la fraîche. Il est à peine huit heures, on rencontre immédiatement une petite hyène qui trottine devant nous. Les impalas paissent tranquillement. Les lointains éléphants comme des rochers dans les herbes hautes ressemblent à des statues de dieux de pierre. Un chacal se balade en jappant.

chacal

On longe la rivière Nyamara. Soudain je la vois, à moitié dissimulée dans un plissement de terrain, une lionne aux aguets, à une cinquantaine de mètres d’un groupe de gazelles de Grant. Je dis au chauffeur:

« Simba moja, tizama hapo chini… -Wapi? -Hapo pale, kulia! »

« Un lion, regarde là en-bas… – Où? – Là-bas, à droite! »

Idir ralentit et tout le monde aperçoit la lionne. Je suis un peu fière de l’avoir vue en premier, avant les guides. Mais bon, j’étais debout et depuis le toit ouvrant, on a plus de champ de vision que sur les sièges avant…

Plus loin, de l’autre côté de la rivière, deux autres femelles marchent dans la direction opposée. Il semblerait qu’elles chassaient à trois, puis ayant l’opportunité de se rapprocher des gazelles grâce à un vent favorable, notre lionne s’est séparée des autres. Plus difficile d’attraper une proie toute seule!

Nous allons assister à une approche de près d’une demi-heure. Les gazelles partent de l’autre côté de la route, perturbées par la drôle d’atmosphère qui règne. Seule une petite écervelée, trop préoccupée à déjeuner, ne s’aperçoit pas de son isolement. La lionne, ventre à terre, par petites touches, se rapproche, alternant quelques pas et position couchée. A la fin, elle est à moins de trois mètres. Elle n’a plus qu’à bondir. Soudain, les gazelles, de l’autre côté de la route, appelle leur petite sœur: le vent a tourné, elles ont clairement senti le danger. En une seconde, la petite gazelle a rejoint ses troupes, la lionne a bondit mais trop tard, et après quelques enjambées, elle abandonne. Seule, son succès n’est pas garanti. Mieux vaut garder son énergie et retrouver les autres lionnes pour être plus efficace.

Nous sommes très heureux d’avoir pu voir une scène de chasse, d’autant plus que la gazelle est sauve! J’espère que les lionnes trouveront à manger, mais je préfère qu’elles ne tuent pas sous mes petits yeux sensibles…

La journée a été belle, les hippopotames et les girafes nombreux. Nous avons pu suivre la démarche ondulée d’un léopard solitaire jusqu’à son refuge dans un arbre. Le soir au camp, les spréos envahissent les branches au coucher du soleil.

Cette nuit, on entend les lions au loin, de toutes parts. D’habitude, chez moi, c’est plutôt les chouettes ou les grenouilles, parfois un chat… ça fait drôle ce son lointain; c’est très émouvant. Soudain un ricanement, puis deux, trois, juste à côté de ma tente. Je suis près de la cuisine. Donc des poubelles. A moins de dix mètres de moi, les hyènes se mettent à renverser des bidons, se battre brièvement, couiner quand elles sont soumises, et ricaner encore de ce petit bruit propre à leur espèce. Je crève d’envie de passer la tête dehors, mais c’est trop dangereux.

Je crois que je me suis endormie en souriant…

Jour 8: En route

La traversée de la zone de conservation- Les Maasai

De Mto wa Mbu à la porte du Serengeti, il y a encore 4 heures. Après un ravitaillement en essence à Karatu, nous  entrons dans la zone de conservation du Ngorongoro. Les paysages sont lunaires. Ici et là, une « boma » Maasaï, un village entouré d’une palissade. Le bois de celle-ci est réputé pour éloigner les lions. A l’entrée de certaines bomas, une dizaine de 4×4 sont arrêtés. J’interroge Ally: les Maasaïs font du business avec le tourisme? Cette question est devenue une problématique centrale de mon activité. Depuis cette première expérience j’ai pu comprendre que les Maasai sont un peuple uni par les traditions, mais ils ont des modes de vie assez diversifiés.  Sur la route principale qui mène au Serengeti, deux bomas sont prises d’assaut par les touristes. Et ce n’est pas plus représentatif de la vie Maasai en Tanzanie que l’écomusée d »Ungersheim est représentatif de la vie en Alsace en 2017. Heureusement depuis j’ai pu trouver des villages authentiques un peu plus éloignés de la route.

Sur cet axe entre Manyara et Serengeti, dans l’aire de conservation où ils ont été déplacés, lors de la constitution du Serengeti, parfois ils se tiennent au bord de la route pour demander de l’eau aux 4×4. Ca leur évite de parcourir des kilomètres avec les ânes pour en chercher. Je demande à Ally pourquoi on ne leur en donne pas. Ally me répond que si on s’arrête une fois pour leur en donner, à chaque prochain safari, ils repèreront les voitures de notre agence et s’attendront à ce que l’on s’arrête. Ce n’est pas possible de donner à tous et à chaque fois. Je souhaiterais leur donner mais je comprend qu’il n’est pas dans leur intérêt d’attendre l’assistanat des touristes.

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Nous croisons également de nombreux adolescents Maasaïs au visage peint de motifs blancs. C’est l’époque avant la cérémonie de la circoncision.

De temps en temps, on croise un troupeau entier de zébus ou une dizaine d’ânes menés par un homme qui marche, dans cette immense plaine mystérieuse. Nous sommes gagnés par la beauté du paysage, où parfois seul se dessine un  trait vertical rouge à l’horizon, un homme de ceux qui parlent le Maa.

Bientôt, au milieu de nulle part se dresse une arche de bois qui indique l’entrée du Serengeti. Autour, des plaines à l’herbe rase où d’innombrables gazelles de Grant et de Thompson paissent dans le sifflement du vent.

Premiers émois au Serengeti

Quelques minutes plus tard, apparaît la porte du parc nommée Naabi Gate. On s’arrête pour payer les frais d’entrée et pique niquer. On s’est crus seuls dans le désert; ici on est peut-être deux cent touristes qui dévorent leur lunch box ou font la queue aux toilettes. C’est le mois d’août, ici aussi! Mais seulement aux points stratégiques, une fois dans la savane, on ne sent plus que l’immensité.

J’imagine les lions dans leur jeep en sens inverse, qui disent: « Nous quand les touristes arrivent, on loue un appartement à Roubaix! »

N’importequoi…

On redémarre, en direction de la zone de Seronera, où nous allons camper ce soir. On fait le tour des Kopjes, ces monticules de rochers où les lions aiment faire la sieste… rien en vue. Idir allume la cibie des guides. Les chauffeurs se renseignent mutuellement s’il y a quelque chose de rare à voir. Quand un guide trouve un animal à observer, il prend son temps, et seulement en partant donne l’indication du lieu. Alors tous les 4×4 convergent doucement au même endroit, mais on ne voit pas un guépard tous les jours!

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Parmi tous les animaux qu’on aura vus ce premier après-midi au Serengeti, je retiens surtout les deux premiers lions: deux mâles couchés au pied d’un bosquet, magnifiques crinières dans le coucher du soleil. Ils étaient assez loin, mais avec les jumelles nous avons bien pu les observer, et ce sans nullement les déranger.

Au camping, nous découvrons à quel point le confort est sommaire: deux douches pour tout le site, eau froide, pas de lumière, toilettes dans un état désastreux. Les agences n’y peuvent rien, et les TANAPA (Tanzanian National Parks) s’en tamponnent le coquillard.

Suleiman nous fait encore un repas de rois. Nous dînons dans un bâtiment grillagé, éclairé par des néons qui fonctionnent à l’énergie solaire. Nous sommes ainsi protégés des animaux qui trouveraient l’odeur de la cuisine alléchante.

Dans la tente, je réalise que nous sommes sur le territoire des bêtes, sans séparation, et je me sens terriblement chanceuse d’être là.

Jours 4-6: Reprendre ses marques à Moshi

Moshi town

Moshi est une petite ville, et j’aime bien m’y promener toute seule, malgré la surprotection dont Ally fait preuve. Il souhaite que je ne me fasse pas ennuyer par les flycaughters, mais ces petits jeunes ne me dérangent pas. Ils vous emboîtent le pas, échangent quelques mots, et quand ils comprennent que je ne suis pas cliente, ils me laissent. Au pire, je leur lance gentiment un petit:  » Samahani, niache mwenyewe » (« excuse-moi, mais laisse moi tranquille »). Au bout de quelques jours, tout le monde me reconnait et cesse de me coller.

Petit à petit, j’insiste auprès d’Ally pour vivre le quotidien comme lui. Fini le taxi, je me mets au « piki-piki », le taxi moto, moins cher… plus dangereux. Il faut bien choisir son chauffeur, car parfois les bouteilles de Konyagi sont ouvertes un peu trop tôt!

Le Konyagi est un alcool local à 35 degrés. La distillerie se situe à Moshi. Il se boit volontiers avec du Sprite ou du jus de fruit.

Le soir, nous allons au « Glacier », un endroit qui ressemble à une discothèque mais en plein air. Il y a un concours de danse, et c’est étonnant de voir à quel point les gens se lancent sans complexe pour participer et se trémoussent comme des diables dans une bonne humeur générale.

Le lendemain, journée de bureau. La matinée commence bien, le Kilimandjaro se dévoile, tout en restant un peu lointain.

Timide Kilimanjaro

Timide Kilimandjaro

Au bureau, il y a quelques demandes de devis en français qui vont bien m’occuper ces prochains jours. J’en profite aussi pour visiter quelques hôtels de Moshi, histoire de voir dans quels endroits on envoie nos clients quand ils arrivent. Pendant les pauses, je vais voir les couturières de la rue, dont Irene qui me tombe dans les bras en riant; je leur commande quelques robes, et de nouveaux rideaux pour le bureau, en essayant de faire travailler un peu tout le monde.

La mama qui coud devant Hotsun Safaris.

La mama qui coud devant l’agence

Les jours passent vite ainsi, et le départ en safari se rapproche. Les deux jeunes allemandes avec qui je vais partir arrivent à l’aéroport:  j’accompagne Ally qui vient leur souhaiter la bienvenue et les ramener en ville. Nous attendons longtemps, elles ont leurs visas à faire en arrivant. Des gens de toutes nationalités débarquent dans le hall, attendus par leurs guides qui tiennent des panneaux où sont inscrits leurs noms. Tiens, quelques groupes sont arrivés avant leurs guides et s’impatientent, voilà qui n’est pas très professionnel de la part des agences… « Cela arrive souvent, me dit Ally. Moi je suis plutôt une heure en avance, pas question de laisser un voyageur en plan, imagine sa panique! »

Linda et Verena s’approchent. Elles ont un grand sourire en nous saluant.  Nous les emmenons  dans  un charmant B&B avec cour intérieure, loin des bruits de la ville. Après un petit briefing sur l’heure de départ, ce qu’il faut emporter pour le camping, etc, nous rentrons à Pasoa pour nous reposer et à notre tour faire nos bagages.

Demain, je réalise un rêve. Est-ce que ce sera à la hauteur de mes attentes?