J3 – Arusha, les Flying doctors

Objectifs de voyage : soutenir les comunautés

Mai 2017, nous voilà à nouveau en Tanzanie, avec un agenda très chargé pour les trois semaines à venir. Nous avons créé l’association Tumbili en 2015 pour promouvoir un tourisme solidaire en Tanzanie; depuis nous avons été présents sur les salons du tourisme alternatif du Grand Bivouac à Albertville,  Primevère à Lyon, Curieux Voyageurs à St Etienne, Solidarissimo à Colmar, et en juin 2018 le No Mad Festival de Cergy Pontoise.

Cette année, Tumbili se lance dans l’investigation concrète sur le terrain. Au programme: rencontres avec des associations,  projets culturels et économiques locaux, visites et sélection d’hôtels en fonction des critères de notre charte éthique, et enquêtes approfondies à coup de témoignages recoupés et de pièges de toute sorte pour un seul objectif: extraire la vérité ! Où va l’argent ? Comment sont rémunérés les employés? L’action est-elle suivie? L’impact sur la communauté est-il réel?

Comme vous allez le lire bientôt, nous allons rencontrer des personnes fabuleuses avec qui créer de solides partenariats, mais aussi de belles arnaques qui échappent à tout contrôle et se font un joli pécule au nom d’une prétendue solidarité…

Ne nous méprenons pas: nous sommes des gentils, et nous voulons accompagner les projets des locaux, mais nous savons pertinemment que si l’on n’est pas exigeant sur la traçabilité des fonds, beaucoup de sommes sont détournées à des fins de profit personnel. Mon ami Stanlee en a fait plusieurs fois les frais; un jour, il a aidé un centre pour handicapés à obtenir une aide d’une ONG. Mais quand il est allé vérifier pour elle, il a constaté que les fauteuils roulants avaient été vendus par un des responsables plutôt qu’utilisés pour les personnes du centre !


Mais d’abord quelques rencontres très intéressantes à Arusha, et des bons plans pour y séjourner.

Les Flying Doctors  

Créée il y a 60 ans pour permettre un accès aux soins aux populations kenyanes les plus reculées, l’AMREF-Flying Doctors est aujourd’hui présente dans 35 pays d’Afrique et soigne chaque année neuf millions de personnes. A l’époque il y avait en Afrique 1 médecin pour… 30 000 habitants, contre 1 pour mille en Europe (source AMREF).

Vous avez peut-être entendu parler de Mama Daktari, Anne Spoerry, la première Française à s’être engagée auprès de l’ONG, et la créatrice de la branche française.

Comme ils proposent aux voyageurs une adhésion pour être évacué en avion en cas d’urgence, j’ai voulu rencontrer la branche locale d’Arusha. Ce qui m’a le plus étonnée, c’est le tarif d’adhésion, en fonction du nombre de personnes, cela ne varie guère que l’on soit seul ou en famille, et ce n’est pas très élevé vu le service rendu !

30 US $ pour deux semaines / 50 US $ pour un mois / 100 US $ pour un an

Bref après cet entretien avec le fort sympathique responsable marketing Daniel Mrema, j’étais convaincue ! Mais j’aimerais bien avoir des avis de gens qui ont eu besoin d’une évacuation. En tous cas, l’adhésion étant une participation à leurs campagnes d’accès aux soins pour les populations reculées, et de formations de sage femmes africaines, j’ai décidé de proposer systématiquement cette assurance aux voyageurs. Ils couvrent 500 km autour de Nairobi, donc tous les parcs du Nord de la Tanzanie.

Nous allons passer la nuit à Ngaramtoni, quartier au nord ouest d’Arusha, dans un hôtel qui fait face à de grosses difficultés financières et nous a contacté pour nous demander de les aider. L’association n’a pas encore de revenus, mais écoutons ce que les propriétaires souhaitent nous dire !

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J 1-2: Nairobi, condensé d’émotions

Daphné Sheldrick

En arrivant au Kenya je retrouve Stanlee, mon ami Tanzanien qui m’a accueilli lors de mon premier voyage il y a six ans et qui m’a présenté la première agence avec qui j’ai travaillé. Celui qui n’a pas lâché ma main quand mon père est décédé. Nous allons faire un road trip d’un mois ensemble à la recherche de nouveaux partenaires et de nouveaux lieux hors des sentiers battus à intégrer aux circuits de Tumbili.

En commençant par Nairobi. Je les avais oublié et les retrouve avec émotion: les grands marabouts perchés sur les arbres le long des grandes avenues.

Après une rencontre très intéressante avec les membres de KECOBAT, le Kenyan Community Based Tourism, autrement dit le programme de tourisme solidaire du Kenya, Leboo, notre partenaire au Kenya, nous conduit à la fondation David Sheldrick pour la visite de l’orphelinat des éléphants.

J’avoue, je suis submergée par l’émotion. J’ai apporté un livre pour ce voyage comme pour chacun des précédents (Out of Africa pour le premier en 2011). Cette année c’est « Une histoire d’amour africaine », soit l’autobiographie de Daphné Sheldrick, qui a fondé avec son mari David (lui-même fondateur du parc national de Tsavo) cet orphelinat pour éléphanteaux et petits rhinocéros. Vous l’avez peut-être déjà vue dans un documentaire très connu, où l’on voit les éléphants jouer au foot autour de cette vieille et noble dame.

 Les Keepers, les gardiens sont en place avec la cargaison de biberon et les petits ne sont pas longs à arriver. C’est un lait très spécial, bourré de vitamines pour remplacer celui de la maman. Les éléphants de moins de deux ans sont condamnés s’ils n’ont plus le lait maternel. Tous ces petits sont en deuil, et comme on le sait aujourd’hui, ce sont des êtres à la mémoire fabuleuse, les évènements tragiques les traumatisent particulièrement.

Quelques bousculades plus tard, ils ont bu leur biberon et un gardien prend un micro pour nous présenter la fondation et chacun des petits. Ils s’approchent de nous et se baignent dans le bassin central. On voit bien certaines blessures, comme celui-ci dont la trompe cicatrise lentement.

Certains sont blessés par des hommes lors de conflits homme-animaux liés à l’exploitation du sol et le partage du territoire, certains tombent dans des puits creusés très profonds par l’homme pour trouver de l’eau, certains sont victimes du braconnage et ont perdu tous leurs parents.

L’orphelinat n’est ouvert au public que de 11h à midi chaque jour. On peut parrainer un éléphant et avoir le privilège de venir le voir à un autre moment sur rendez-vous en groupe restreint.

C’est frappant de voir la douceur des gardiens, le respect qu’ils ont pour leurs protégés est palpable. C’est un très beau moment d’assister à ces relations privilégiées. Un jour pourtant, les petits seront prêts à être relâchés dans la nature, et malgré la tristesse de la séparation, les gardiens seront heureux d’avoir sauvé et réhabilité leur grand ami de la savane.

Chez Laizer

Au travail !

J’aimerais vous parler de Laizer, le chef Maasai d’une grande boma (village). Il vit dans un enkang (ensemble d’habitations traditionnelles ceint par une clôture d’arbustes épineux) à l’est de l’aéroport, c’est le début de la grande steppe Maasai qui s’étend au sud jusqu’à Dodoma. Une terre très aride où les femmes font des kilomètres pour aller chercher de l’eau au puits, et d’où il faut partir en transhumance les mois les plus secs pour emmener les troupeaux paître l’herbe tendre des terres de l’ouest.

Laizer a décidé d’ouvrir son village au tourisme culturel afin de soutenir l’économie de la communauté, financer les formations des jeunes qui souhaitent poursuivre leur scolarité, développer l’élevage, aider aux frais médicaux des familles. A peine arrivés nous voyons les femmes occupées à la construction d’une maison pour les hôtes. Au boulot! Elles nous apprennent à faire le mélange de terre, eau et bouse de zébu qui va colmater les espaces entre les branchages et isoler très efficacement la maison.

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Cette maison va permettre d’accueillir des voyageurs pour la nuit. Elle a été placée un peu à l’écart du centre du village, pour que chacun conserve son intimité. Auparavant les rares visiteurs dormaient là où je vais m’installer pour la nuit : ma claustrophobie sera mise à l’épreuve…

Mais déjà le bétail est en vue, et l’heure de la traite arrive.

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Je vais dormir dans une hutte traditionnelle, basse et colmatée de partout à l’exception d’un petit trou auquel je vais coller mon nez toute la nuit, car par bonheur il est à hauteur du lit.

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Le lit est une litière de branchages, recouvert d’une couche de fourrage et de peaux de chèvre. Après avoir testé, j’ai décidé que, juste au cas où, on apporterait des matelas la prochaine fois, ou alors il faut vraiment rajouter deux-trois bonnes couches de fourrage!

En dehors du manque d’oxygène et du mal de dos,  j’ai passé une très bonne nuit ! Non, vraiment, sans ironie, il y a quelque chose de magique à dormir de la même façon qu’il y a mille ans, et je pense à ces éleveurs qui, en France, juste avant l’avènement de l’électricité, partageaient la maison et l’âtre avec les troupeaux. L’odeur des herbivores est mon odeur du bonheur! Les bruits des bêtes et leurs petits, juste à côté, les grillons, les hommes qui déroulent la langue Maa au dehors, le feu qui crépite, n’est-ce pas à vivre une fois dans sa vie? « Voir » les Maasais peut être un rêve, mais quand on le vit, on comprend que les autres sens sont bien plus émus: sentir, écouter, toucher « kimaasai » (à la manière Maasai).

A l’aube, en quête d’air frais, je sors de la hutte. Tout est endormi. Et là bas, discret comme parfois la lune peut l’être en pleine journée, un sommet se dessine à l’horizon. C’est le Mawenzi, à 5 149 mètres, qui émerge sur la plaine.

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C’est pas très impressionnant, en photo, comme ça… mais l’amas de nuage à gauche, s’il se déplace, c’est la splendeur du massif entier du Kilimanjaro qui apparaît; combien de fois je retiens mon souffle, combien de fois le sommet du Kibo joue à cache cache, surgit furtivement, disparaît à nouveau, par dessus, par dessous les strates cotonneuses!

Et nous voilà comme des anglais, à boire le thé au lait et les petits biscuits en parlant de nos cultures. Laizer me demande pourquoi les femmes mettent des pantalons. Je réponds que c’est pratique, et correspond à notre époque; qu’il y a longtemps, les hommes portaient des robes, comme ici, j’explique les Romains, Laizer explique ses traditions. Il pensent que les jeunes doivent avoir le choix, et soutient autant les gosses qui souhaitent faire des études que ceux qui restent à la vie pastorale.

Si je veux aller au marché Maasai? Evidemment!

Laizer prend mon appareil photo, qu’il gardera dans sa main ballante, mitraillant tous les recoins du marché sans aucun intérêt pour le cadrage et le niveau de l’horizon. Je poste ici celles qui par hasard, sont réussies!

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Voilà un étal qui m’a fait grande impression: la médecine naturelle des Maasai ! Bien entendu j’ai demandé « c’est quoi ça? » pour la moindre poudre, épice, racine, herbe que ces petits sacs contenaient. Le vendeur est resté très patient malgré nos efforts interminables pour traduire un nom Maasai en swahili puis en anglais puis en français. J’ai bien entendu tout oublié depuis.  J’ai fini par acheter une poudre de racine de je ne sais plus quoi ( sijui en swahili ^^) contre le rhume, et … une bouse d’éléphant séchée. Enfin, de l’herbe digérée quoi. C’était le premier contact, depuis j’en ai fumé aussi, qui sait quand j’en mangerai !

Plus tard dans le séjour, à Babati, un gros rhume m’a terrassée toute une journée: le soir, trois cuillers de cette poudre (un goût de… terre au piment…) , une inhalation de caca d’éléphant, et tout est parti en une nuit. Je vous en ramène la prochaine fois? (Bon par contre je vais éviter de l’acheter car on en trouve par terre,  quand même ! )

Réflexions sur le tourisme culturel

J’ai décidé que j’inciterai les gens à passer la nuit chez les Maasai.  Parfois on m’avoue une crainte tout à fait défendable: « On ne veut pas aller dans les pièges à touristes » . Mis à part quelques villages du bord de la route en allant au Serengeti,  qui sont connus pour être des reconstitutions, un peu comme nos écomusées, on a peu de chance d’être déçu d’une visite aux Maasai, à condition d’éviter les visites éclairs bien entendu. Inutile de réfréner notre curiosité ou de craindre d’offenser ce peuple qui a un grand sens de l’humour et peu de sujets tabous.

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Bien entendu, si l’on sent que les villageois font des démonstrations à contre cœur, s’ils ont une mine contrariée, il peut y avoir un problème, mais dans ce cas, je suggère de leur parler. Rien n’empêche de leur dire qu’on ne peut pas apprécier qu’ils fassent quoi que ce soit de manière forcée. Cela m’est arrivé chez les Hadzabe. J’étais indignée qu’un grand père qui avait manifestement mal à une jambe participe à la danse. Je l’ai dit, il m’a remerciée, s’est arrêté,  et j’ai décidé de ne plus jamais envoyer de voyageurs chez les Hadzabe. C’est très différent pour eux. Ils ne connaissent que très peu le monde qui les entoure, ils ne croient pas que tout change, alors qu’ils sont anéantis par le tourisme forcé. Les Maasai, aujourd’hui, proposent du tourisme culturel de leur plein gré. Si on a des doutes, pourquoi ne pas se renseigner: combien gagne le village sur votre visite? Combien pour l’agence? Est-ce équitable? Poser ces questions, après tout, c’est s’enquérir du bien être de nos hôtes.

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Bienvenue chez les authentiques Maasai de 2017 !

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La Tanzanie change la vie!

Développer le voyage solidaire

C’est toute ma vie professionnelle qui a été bouleversée par ce pays. En recommandant d’abord mes rencontres tanzaniennes à des gens de mon entourage, puis à des lecteurs de mon blog, j’ai découvert avec surprise que j’étais faite pour organiser, conseiller, repérer, prospecter, sélectionner, et développer une activité autour du voyage avec des valeurs solidaires et équitables. J’ai acquis l’expertise du terrain, que ce soit de la connaissance des itinéraires, des saisons, de la faune sauvage, des ethnies, de la culture swahilie, mais aussi la connaissance approfondie du fonctionnement des agences de voyage locales, les tarifs pratiqués, les relations entre tous les acteurs du tourisme, la manière de traiter avec eux, en circuit court,  dans un objectif de tourisme équitable.

En cinq ans j’ai aidé des petites agences locales à avoir une visibilité parmi les voyageurs francophones, grâce aux bons commentaires des clients à leur retour, sur les forums des guides touristiques.

Danny, chauffeur et Thomas, guide francophone

Chaque année, je retourne en Tanzanie pour développer cette activité et accomplir les missions listées ci-dessous:

  • accompagner un groupe sur un séjour aventure
  • travailler avec mes partenaires locaux Osiwoo Safaris et Amo Zanzibar Tours
  • assurer un suivi avec les programmes de tourisme culturels comme celui de Mama Gladness à Tengeru
  • visiter des hôtels, contrôler leur qualité, rencontrer de nouveaux managers
  • tester des prestations, activités, repérer de nouveaux territoires
  • s’immerger dans la culture swahilie pour de meilleures relations inter culturelles
  • se réunir avec les guides francophones pour le bilan annuel

En 2016 ma propre association de voyage solidaire a vu le jour, TUMBILI.

Banderole Finale

Tumbili, expertise et solidarité

Mon objectif est de promouvoir le voyage utile, en soutenant des initiatives locales en Tanzanie et à Zanzibar. J’ai rencontré des acteurs locaux du changement, que ce soit dans le domaine de l’éducation, l’environnement, la santé ou la conservation animale. De petites associations créées par des natifs ou habitants du pays méritent qu’on les mette en lumière!

Pour exemple, voici Hamis.

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Hamis, gestionnaire de la forêt de Rau

Il est né dans un village près de Moshi, à côté de la forêt de Rau. Il a grandi en voyant les villageois se servir en bois et décimer la diversité des espèces. Avec deux jeunes habitants du village, il a demandé au gouvernement l’autorisation de s’occuper de la gestion responsable de la forêt. Depuis, il fait des actions de sensibilisation auprès des écoles, afin d’éduquer à ne pas jeter les déchets dans la forêt; il organise des sorties naturalistes à la rencontre des colobes guereza et des oiseaux des rizières; il crée de l’emploi auprès des mamas du village en les sollicitant pour préparer les repas et héberger les voyageurs, il apprend aux villageois à privilégier la coupe d’espèces à pousse rapide et à prendre soin de la nurserie des petits arbres.

Tumbili propose que chaque ascension du Kilimanjaro réservée par un voyageur soit associée au soutien de l’association de Hamis. Au choix du voyageur, soit on reverse une somme correspondant à une journée d’éco tourisme avec Rau Ecotour, soit on s’accorde une journée pour la vivre!

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

Rencontre au bureau de Rau Ecotour

La démarche a intéressé un prospecteur du Petit Futé, Jean Marc, qui est allé tester les services des agences locales lors d’une tournée en Tanzanie: et hop! Tumbili est référencé ici !

Ceci dit, il est temps de relater le merveilleux voyage de mai 2017, qui a suscité une profonde réflexion chez tous les collaborateurs de Tumbili et Hotsun, et a donné le jour à une nouvelle entreprise solidaire au pied du Mont Meru: Osiwoo Safaris.

Il est à parier que bientôt ce nom sera connu du voyageur francophone, car il est l’étendard d’une équipe expérimentée, dynamique et engagée dans le soutien aux communautés locales.

Osiwoo safaris logo-1

L’équipement pour le Kilimanjaro

Pour commencer

Pour commencer il vous faut… non, pour commencer il faut rectifier une idée reçue: le Kilimanjaro n’est pas au Kenya! Il appartient à la Tanzanie et toutes les voies partent de la Tanzanie.

En 1886, l’Empire allemand a repoussé les Britanniques au nord et leur a donné Mombasa en compensation. Ainsi a été dessinée la première frontière non naturelle entre le Kenya et la Tanzanie.

Alors on arrête de donner la montagne au Kenya sinon on rend Mombasa à la Tanzanie.

Voilà qui est fait.

1886 - source Wikipédia

1886 – source Wikipédia

Donc pour commencer il faut un grand sac à dos et un petit. Le grand sera porté par un porteur, attention à ne pas dépasser les 20kg règlementaires; si vous le pouvez, n’hésitez pas à réduire à moins de 15kg pour alléger le pauvre garçon! Je dis garçon, ou la fille, il y a 9 filles actuellement parmi les porteurs du Kilimanjaro, et le poids règlementaire est le même pour elles.

Vous porterez votre petit sac la journée avec à l’intérieur votre lunch et vos petites affaires indispensables à portée de main: veste de pluie, barres  énergétiques, appareil photo…

La grande question des pourboires 

KINAPA, Kilimanjaro National Park indique les recommandations suivantes (tarif pour un groupe de randonneurs):

20$ par jour pour le guide

15$ par jour pour le cuisinier

10$ par jour par porteur

Ici le site officiel des parcs nationaux de Tanzanie

Mais en fait, les pourboires compensent surtout des salaires très bas. Donc à vous d’oser demander combien sont payés les porteurs, et choisir une agence qui respecte ses employés (attention ça ne court pas les rues, même chez les très connues).

Bonne nouvelle, si vous passez par Tumbili, les pourboires sont intégrés au tarif. Pourquoi? Parce que nous passons par une agence, Osiwoo Safaris, qui rémunère son personnel de façon équitable, selon les recommandations de l’association KPAP (Kilimanjaro Porters Assistance Projet).

Petit inventaire de l’équipement

Voici une liste des meilleurs blogs qui proposent de vous aider à penser à tout l’équipement nécessaire pour l’ascension du Kilimanjaro.

L’excellente  liste de « Camp de Base », un trekkeur accompli.

Le super site de Xander, avec remarques post-Kili sur le matériel utilisé

Un blog à découvrir, et pas que pour le Kili

Une version en anglais, pour apprendre à nommer son équipement!

Si vous en connaissez qui méritent d’être ajoutés à la liste, envoyez un petit message!

Bien emmitoufflé, vite en mouffle émis, sommet garanti!

Bien emmitoufflé, vite en mouffle mis, sommet garanti!

Un bon matériel optimise grandement les chances d’atteindre le sommet.

A la fin si vous avez du matériel usé, des vêtements que vous pensez renouveler avant votre prochain trek, n’hésitez pas à donner des choses aux porteurs qui n’ont pas les moyens d’un équipement dernier cri. Et si vous en avez la possibilité, vérifiez qui sont vos porteurs, comment ils sont équipés (voire ce qu’ils mangent en trek), parfois les agences les laissent monter avec des vêtements inappropriés. Il y a pourtant l’association des porteurs KPAP qui prête des vêtements et du matériel à ceux qui ne peuvent pas se le payer.

Parés pour l’ascension? C’est parti!

 

Jour 11: Rencontre avec les Maasaïs

La boma Olerien

Voici le récit de mon premier contact avec un village Maasai, c’était très court, à peine une heure, et c’est ce que proposent bon nombre d’agences. Aujourd’hui avec Tumbili nous privilégions la durée, pas de visite éclair d’une heure, on y passe au moins la nuit.

Au milieu d’une plaine sèche, avec les montagnes en fond, se dresse une palissade épineuse qui entoure le village ou « boma ». Ally descend de la jeep en premier pour aller saluer les responsables du village et négocier le prix de la visite. Il y a un petit remue-ménage, car les femmes vont chercher les costumes d’apparat et les bijoux, pour nous accueillir comme il se doit. La plupart des hommes sont en train de faire paître les troupeaux assez loin dans la plaine, mais quelques vieillards et jeunes garçons se joignent aux femmes qui se placent en ligne. Je filme alors que les deux allemandes que j’accompagne sont happées dans le rang par une vieille dame. Les chants s’élèvent, mélodie nasale en langue Maa, rythmée par les sons gutturaux des hommes. Les femmes secouent leurs larges colliers de perles d’un mouvement circulaire des épaules et quelques hommes s’essaient en rigolant à des sauts caractéristiques de leur ethnie.

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Chants de bienvenue à la boma Olerien

On me demande souvent si tout ça n’est pas du folklore pour touristes. On veut aller dans des endroits « authentiques ».

Ce à quoi je réponds:

-que c’est bien du folklore au sens premier du terme, soit des traditions et croyances ancestrales populaires transmises d’une génération à l’autre.

-qu’on est bien des touristes au sens premier du terme, soit des gens qui voyagent pour leur agrément, ce qui n’empêche de s’intéresser et respecter la culture locale.

– que ces endroits sont authentiques, c’est à dire qu’ils vivent avec leur temps et face à la possibilité de gagner un peu leur vie avec le tourisme, ils accueillent de temps en temps des Wazungus (Blancs) en quête d’aventure.

Maintenant c’est vrai qu’il existe un village très célèbre qui a été déplacé sur la route des Parcs pour faciliter l’accès des touristes, et devant cette boma, il y a souvent une dizaine, une vingtaine de 4×4 garés… Là, nous, on n’y va pas. On travaille avec deux villages bien choisis, un peu cachés, et on ne leur rend pas visite tous les jours: la boma Olerien et la boma de Laiza.

Il faut juste, quand on voyage, s’assurer qu’on respecte la culture, l’ecosystème, un mode de voyage doux, le développement durable, enfin ça me paraît évident mais ça ne l’est pas toujours. Qui avant de partir, s’interroge sur l’impact du tourisme à l’endroit où il va?

Les garçons du village

Les garçons du village

Les Maasaïs de la boma Olerien restent pour la plupart des pasteurs mais certains jeunes vont à l’école, et poursuivent en grandissant un parcours scolaire à Mto wa Mbu, où ils ont accès au monde moderne. Ne vous offusquez donc pas si un Maasaï du village vous demande votre Facebook!

De nombreux Maasaïs vivent en ville de nos jours, mais beaucoup subissent le chômage. Ceux qui sont employés pour la sécurité des hotels de Zanzibar s’en sortent bien.

Pourquoi ont-ils quitté leur vie de pastoralisme? Pas de gaité de cœur. D’abord créer des réserves naturelles au Kenya les a chassés de leurs terres ancestrales, eux qui n’ont pas de notion de frontière  se sont fait déposséder de leurs seuls biens et ont migré en masse vers le sud, c’est à dire la Tanzanie.

Oui les parcs étaient nécessaires pour protéger la biodiversité

Non on n’a pas pensé à l’époque à intégrer les tribus dans le programme

Oui depuis on a redonné des terres aux Maasaïs, ailleurs.

Non elles n’étaient pas libres, on les a prises à d’autres.

La réalité des Maasais aujourd’hui est multiple, selon l’emplacement du village. Ceux qui vivent près du volcan Lengai n’ont pas la même vie que ceux de la steppe au sud d’Arusha.

Alors, aller voir les Maasaïs et cultiver un tourisme voyeur ? Ne pas y aller, ne pas acheter leurs bijoux, ne plus apporter l’argent du tourisme et les laisser sans aide?Enfin, c’est aussi leur choix de montrer leur vie aux voyageurs, de quel droit on va boycotter ça? Sommes nous les gardiens de la morale universelle?

Je pense que la gangrène du voyageur, c’est sa culpabilité post coloniale. Je pense qu’il faut réfléchir son voyage, comme un acte responsable et aux conséquences multiples. Privilégier les conséquences positives!

Les gouvernements ont aussi essayé de les sédentariser, mais ce n’est pas un peuple d’agriculteurs… Puis par dessus tout ils ont subi de grandes sécheresses et le manque d’eau a fait périr leurs troupeaux. Aujourd’hui au Ngorongoro, d’autres menaces pèsent sur ce peuple: on les expulse maintenant pour délimiter des réserves de chasse, soit pour quelques millionnaires en quête de trophées de lions, comme aux temps coloniaux, eh oui. Vous pouvez signer une pétition ici avec Avaaz adressée au président tanzanien Kikwete.

Quel avenir?

Quel avenir?

Après les chants, un homme nous emmène faire le tour du village et nous visitons une hutte. L’intérieur est très sombre, seules de toutes petites ouvertures laissent passer le jour.

le foyer dans la hutte

le foyer dans la hutte

La hutte est construite en bouse de zebu séchée sur des armatures de bois. Elle est composée d’une pièce pour le foyer et les nattes de couchage, une pour les bêtes, une pour parler avec les invités.

Mrembo ndogo

Mrembo ndogo

Entre temps, les femmes ont installé des tréteaux et disposé sur des nattes les bijoux qu’elles vendent. J’en prends quelques uns, consciente qu’elles comptent beaucoup là-dessus et j’ai envie de leur faire plaisir.

étals de bijoux

étals de bijoux

C’est incroyable, elles ont TOUT sorti, alors que nous ne sommes que trois jeunes clientes potentielles. Elles sont très gentilles et souriantes, je ne sens pas l’angoisse de ne pas vendre comme cela arrive parfois. Elles baissent les prix volontiers. Alors on achète volontiers. 4000Tsh le bracelet en cuivre, soit moins de 2 euros. Tous ces visages magnifiques me donneraient envie de tout acheter.

Mrembo Kubwa

Mrembo Kubwa

Mrembo nyingine

Mrembo nyingine

Avant de partir, je tire quelques portraits des jeunes guerriers et des enfants. Quand je reviendrai, je leur apporterai les clichés développés.

Babu Maasaï

Babu Maasaï

Jeune guerrier

Jeune guerrier

Allez, kwa heri les enfants. Mais il joue avec quoi ce petiot-là? Ah oui, c’est bien un long couteau… soupir… on ne vit pas dans le même monde, c’est sûr.

les petits guerriers!

les petits guerriers!

un coquin!

un coquin!

Depuis ma rencontre avec les Maasaïs, j’ai appris que des villages commencent à abolir le rite de l’excision pour le passage à l’âge adulte des femmes, et je m’en réjouis. Il y a un village dans la région de Monduli, qui remplace cet acte barbare par une petite entaille symbolique sur les cuisses, et les femmes sont très heureuses d’avoir une meilleure vie sexuelle! Ce village là est réputé maintenant, et soutenu par une NGO.

Un documentaire sur le sujet: http://milatu.over-blog.com/